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Pèle Mêle de BD (4)

La chronique:

Les livres dont j’ai parlé:

Les nymphéas noirs de Cassegrain, Duval et Bussi, Dupuis, 2019

Des filles de goût de Caroline Guillot, Casterman, 2013

Un Putain de Salopard de Loisel, Pont et Lapierre, Rue de Sèvres, 2019

Shi, Tome 4: Victoria de Zidrou et Homs, Dargaud, 2020

Salon Gérard et Dolorès de Sylvain Cabot, Michel Lafon, 2019

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Les 3 Fruits

Les 3 Fruits d’Oriol et Zidrou, Dargaud

Pour résumer:

Trois ans après le succès de La Peau de l’Ours, Zidrou et Oriol se retrouvent pour le conte Les 3 Fruits. Après 40 années de règne, le roi arrive au terme de sa vie. La peur de mourir devient son obsession. En échange de la vie éternelle, il promet sa fille à un mage démoniaque et devra manger la chair de son fils le plus valeureux… Zidrou joue avec les motifs traditionnels du conte (mise à l’épreuve des fils, répétition des séquences) pour nous offrir un voyage terrifiant, sublimé par les couleurs d’Oriol.

Ce que j’en pense:

C’est toujours un plaisir de découvrir un nouveau Zidrou et comme à chaque fois, c’est avec beaucoup d’excitation que je me suis plongée dans cette lecture.

Dans ce conte moderne, Zidrou nous narre l’histoire d’un roi qui a peur de mourir et n’hésitera pas à sacrifier sa fille et ses trois fils pour obtenir la vie éternelle. Le scénario est véritablement sublime. Toutes les caractéristiques du conte sont présentes dans cette BD. Le rythme du scénario se déroule lentement, et le temps semble prendre une autre dimension. L’histoire est prenante et jusqu’aux dernières planches, Zidrou arrive à nous surprendre.

Comme à chaque fois, le scénariste a su s’appuyer sur des personnages charismatiques. Ainsi, le roi fou, le mage terrifiant et la jeune fille innocente fascinent autant qu’ils terrifient.

Afin de raconter cette histoire aux allures oniriques, Zidrou collabore avec Oriol. Autant vous dire que l’esprit graphique renforce avec brio le scénario. L’ambiance est pesante presque glauque. Les corps sont allongés quasi squelettiques, les couleurs sont sombres mais sublimes. L’ensemble donne lieu à un univers qui semble sorti d’un rêve.

Bref:

Zidrou et Oriol dépoussière le conte tout en restant fidèle au genre.

Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

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Les beaux étés

Les Beaux Étés de Zidrou et Jordi Lafebre, Dargaud

Pour résumer:

1992, les années ont passé, le jeune couple est maintenant à la retraite, la petite Pépète est devenue une jeune fille et la 4L est à vendre… L’occasion de se remémorer l’année 1962, leurs toutes premières vacances à son bord en compagnie… des beaux-parents. Les vacances avec Yvette-la-parfaite et Gros-Papy seront plus gastronomiques que bucoliques… en direction de Saint-Étienne !

Ce que j’en pense:

Comment ça vous ne connaissez pas Les Beaux Étés? Mais ça devrait être une lecture obligatoire! Une lecture que votre médecin vous prescrit pour vous redonner la patate! Alors ok, je ne suis pas très neutre vue mon amour immodéré pour Zidrou. Alors d’abord, il faut que vous alliez rattraper votre retard en lisant ma chronique sur les tomes 1 et 2 (ici). Et puis maintenant, je vais vous parler des tomes 3, 4 et 5.

Les trois derniers tomes sont sur le même modèle que les deux premiers. On retrouve la famille Faldérault qui part en vacances avec toujours leur fameux slogan « Cap au Sud! ». Alors forcément, il faudra faire avec le retard de Pif, le père, dessinateur toujours dans les choux. Il faudra booster Mamz’elle Estérel la 4L mythique! Il faudra refréner Pépette et son enthousiasme bondissant. 

Chaque tome nous livre donc un moment de vacances de cette famille terriblement attachante. On retrouve les rituels rigolos, les blagues potaches, l’ambiance musicale de l’école et cet amour qui déborde de partout. On se plaît à retrouver les personnages comme de vieux amis. On sourit à une anecdote, on a une larme au coin des yeux en fermant chaque tome avec l’appréhension que ce soit le dernier. Et puis, on voit la vie qui défile. Les enfants qui grandissent, les parents qui vieillissent mais toujours cette bonne humeur et cette tendresse.

Esthétiquement, je suis toujours autant conquise. Les couleurs, les dessins que dire. J’aime les attitudes des personnages, l’expression de leurs visages, les regards qu’ils échangent et qui sont parfois plus forts que les mots. 

Alors toi, qui n’a peut être jamais lu cette BD, fonce vite t’en procurer une et devient un Faldérault à ton tour.

Bref:

Zidrou fait encore mouche, c’est un coup de cœur!

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Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

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Cette semaine chez Moka.

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Les Brûlures

Les Brûlures de Zidrou et Laurent Bonneau, Grand Angle

Pour résumer:

Dans les rues d’une petite station balnéaire, les putes tombent comme des mouches. Un premier cadavre, atrocement mutilé, est découvert, puis un second, brûlé au chlore. La série, pourtant, ne fait que commencer.

Ce que j’en pense:

Nutella est flic et enquête sur le meurtre de trois prostituées. En parallèle, il vit une relation étrange avec une femme au corps partiellement brûlé.

Le scénario se partage entre l’enquête et cette histoire de vie dont la majorité des scènes se déroulent dans une piscine. Le récit est très touchant. Comme à chaque fois, Zidrou a l’art de raconter la vie avec tendresse et sait mettre en valeur les personnages blessés.

Nutella est très touchant et profondément humain. Il va lentement apprivoiser cette femme qu’il croise tous les jours à la piscine. Celle-ci l’intrigue. Elle nage désespérément et semble vouloir se laver la conscience. Quel désespoir l’habite?

Et puis, il y a Edith, cette vieille femme, témoin discret de la naissance de cette relation étrange et qui à la fin du roman graphique nous émeut aux larmes.

Ce récit prenant est accompagné d’une esthétique sublime. J’ai trouvé l’ensemble visuellement très fort. J’ai apprécié les traits fins qui rendent les détails délicats. Les ambiances sont différentes selon les lieux. Le bleu de la piscine contraste avec les couleurs chaudes de l’extérieur. Cette ambiance bleutée semble être une véritable bouffée d’oxygène pour le lecteur et les personnages.

Bref:

À découvrir.

Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

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L’obsolescence programmée de nos sentiments

L’obsolescence programmée de nos sentiments de Zidrou et Aimée de Jongh, Dargaud

Pour résumer:

Lui, il s’appelle Ulysse. Il est veuf depuis plusieurs années et lorsqu’il perd son travail de déménageur, à 59 ans, une grande solitude s’empare de lui. Impossible même de s’entourer de ses enfants : sa fille est morte dans un accident à l’âge de 16 ans et son fils est très pris par son travail.

Elle, c’est Mme Solenza. Méditerranée de son prénom, 62 ans au compteur. Ancien modèle (elle a fait la couverture de Lui dans sa jeunesse !), elle ne s’est jamais mariée et tient la fromagerie de sa mère qui vient de décéder après une longue maladie.

Si leurs jours s’écoulent tristement et leurs occupations ne suffisent pas à masquer l’isolement qui est le leur, c’était sans compter un miracle émotionnel. Car entre cette femme et cet homme va se tisser une histoire d’amour d’autant plus belle qu’elle est tardive, et merveilleusement porteuse d’avenir…

Ce que j’en pense:

Ulysse vient de se faire licencier et Méditerrannée est une fromagère de la soixantaine. Rien ne les destinait à se rencontrer et pourtant…

Zidrou a l’art de m’émouvoir à chacune de ses BD. Ici, encore, il livre un scénario superbe comme il sait si bien le faire. Certains diront qu’il surfe sur la vague de la mode des papis mamis, mais, je n’y crois pas vraiment. Avec ce roman graphique, c’est la vision de notre société sur nos jeunes retraités qui est pointée du doigt. Car, vous le savez, la société aime beaucoup que chacun se cantonne à sa petite case et y reste bien tranquille. Or, avec ce récit c’est le décalage avec la société qui est mis en valeur.

Ainsi, à travers ses personnages, Zidrou aborde de vrais questionnements. Il pousse son lecteur à réfléchir sur la vieillesse. Il parle de l’acceptation de ce corps qui n’est plus si jeune, du regard des autres… Et puis surtout, comment retomber amoureux à cet âge où l’amour ne semble plus vraiment faire partie du tableau? 

Le scénario nous fait de belles surprises et la fin partage…

Les personnages sont donc remplis d’humanité et de bonté. On a l’impression de les connaître et très vite on s’attache à eux. La relation qui se tisse entre Ulysse et Méditerranée est attendrissante.

Pour illustrer ce propos, Aimée de Jongh fait preuve de beaucoup de talent. L’esthétique est belle et colorée. Les dessins des corps sont minutieux. Il y a pleins de petits détails et les traits sont fins. L’ensemble se marie à merveille et a su éveiller en moi beaucoup d’émotions.

Je l’avoue, comme beaucoup de personnes, j’ai peur de vieillir… Mais, avec cette BD, Zidrou et Aimée de Jongh nous prouve que le vieillissement est juste une autre étape de notre vie. Il pousse à respecter les choix de ces gens trop souvent cachés ou dénigrés par la société actuelle. Il nous murmure à l’oreille que nous serons tous les vieux de demain.

Bref:

Un véritable coup de cœur.

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Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu: