Prix des Lectrices Elle 2020·Roman·Service Presse

Rien n'est noir

Rien n’est noir deClaire Berest, Stock

Pour résumer:

« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.
Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.»

Ce que j’en pense:

Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine, est mise à nue dans ce roman. Le lecteur se retrouve plongé dans la vie de cette jeune femme à la vie mouvementée et passionnante. Tout commence par un accident, celui qui marquera sa vie entière. Frida se réveille avec la colonne brisée. Alors que tout le monde pense qu’elle ne marchera plus jamais, elle se relève la tête haute et se lance dans la peinture. Ce simple fait, montre à quel point Frida peut se montrer déterminer. Très vite, elle rencontre Diego Rivera qu’elle va épouser et qui sera l’amour de sa vie. Le roman raconte la carrière de la peintre mais aussi son histoire d’amour tumultueuse.

J’avais déjà entendu parler de cette artiste, mais j’avoue que je ne connaissais rien d’elle. À travers ce roman, j’ai découvert la femme derrière la peinture. J’ai découvert le courage, l’abnégation, la souffrance physique de ce personnage au fort caractère. L’auteure nous narre une vie mais ne se montre jamais intrusive. On entre dans l’intimité de l’artiste sans devenir voyeuriste. Et pourtant, certains passages nous montrent la peintre dans des situations délicates (comme sa fausse couche par exemple). J’ai apprécié ce style simple et efficace. Il y a une délicatesse dans l’écriture de Claire Berest qui confère aux mots un pouvoir envoûtant. Tout au long du récit, on sent le respect de l’auteure pour l’artiste.

Enfin, comment ne pas être touché par Frida et son histoire. J’ai aimé la voir évoluer dans sa peinture. Malheureusement, plus sa peinture est stupéfiante, plus sa vie est triste. L’artiste semble sans cesse étonnée par l’intérêt que lui porte les gens. Malgré certaines extravagances extérieures, Frida est montrée comme une femme qui a su rester simple et humaine.

Jusqu’au bout, Claire Berest nous guide dans la vie de cette peintre hors norme. Jusqu’aux derniers instants, la magie opère. Les dernières pages m’ont laissé une petite boule d’émotion dans la gorge et quelques larmes aux coins des yeux. Alors, pour faire vivre plus longtemps la grande Frida Kahlo, j’ai ouvert mon moteur de recherche et j’ai admiré ses peintures. Chacune d’elle décrivait un moment de sa vie et c’est ainsi que Frida devint éternelle.

Bref:

Un véritable coup de cœur.

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Si je devais le noter:

5-plumes

essai·Prix des Lectrices Elle 2020

19 femmes

19 femmes de Samar Yazbek, Stock

Pour résumer:

« 19 femmes est le fruit d’une série d’entretiens que j’ai menés avec des Syriennes dans leurs pays d’asile, ainsi qu’à l’intérieur du territoire syrien. À chacune j’ai demandé de me raconter ‘‘leur’’ révolution et ‘‘leur’’ guerre. Toutes m’ont décrit le terrible calvaire qu’elles ont vécu.
Je suis hantée par le devoir de constituer une mémoire des événements qui contrerait le récit qui s’emploie à justifier les crimes commis, une mémoire qui, s’appuyant sur des faits incontestables, apporterait la preuve de la justesse de notre cause. Ce livre est ma façon de résister. »

Ce que j’en pense:

La guerre, souvent, nous la vivons de loin, tout ce que nous en voyons, c’est ce que nous montrent les médias. La guerre pour certains, c’est lointain et pour d’autres c’est leur vie. Samar Yazbek s’est intéressée à ses personnes qui vivent la guerre. Mais, pas à n’importe quelle personne, à des femmes syriennes, 19 exactement. C’est ainsi que 19 femmes est né. Tour à tour, chacune raconte son histoire, sa guerre, son expérience.
Je me suis plongée avec beaucoup d’appréhension dans cette lecture. Les essais ne sont pas vraiment mon genre de prédilection et le sujet bien que intéressant m’effrayait un peu. Et puis, j’ai commencé ma lecture et tout doucement, je me suis retrouvée en Syrie, au milieu de ces femmes qui livrent leurs secrets. Commencer à lire ce livre, c’est rentrer dans l’intimité de ses personnes, c’est découvrir leur vie, leur famille. Chaque femme a vécu la guerre différemment mais chacune a dû en payer le prix. Au fil des témoignages, j’ai découvert l’injustice, l’horreur. Au moment où je pensais avoir lu le pire, une autre situation me révulsait. Ainsi, j’ai découvert le long glissement vers la dictature et le culte de l’image. J’ai découvert les combats silencieux, les extrémismes religieux. Mais il n’y a pas que cela dans 19 femmes. Il y a aussi des femmes fortes, qui crient leurs idées haut et fort et sont pleine d’amour pour leur pays. J’ai vu des femmes se sacrifier pour d’autres êtres humains et lutter pour leur liberté.
À l’heure où les pays ferment leurs frontières aux migrants, Samar Yazbek prend le parti de raconter leur histoire. Chaque témoignage débute avec une présentation sommaire. Un nom, un âge, une profession et une situation familiale qui donnent d’emblée une dimension réelle et humaine à ces témoignages. Journaliste, étudiante ou avocate, aucune couche de la société syrienne n’a été épargnée par cette guerre. Grâce à son récit, l’auteure nous rappelle qu’avant d’être des immigrants, ces personnes étaient comme nous. Elles avaient une vie, une famille.
Le style reste très journalistique et essaie de ne pas tomber dans le pathos. Les faits bruts nous sont décrits et aucune horreur ne nous épargnée. 19 femmes est plus qu’un essai c’est une preuve que malgré la guerre, la voix des femmes trouvera toujours le moyen de s’exprimer.

Bref:

Une vraie claque.

Si je devais le noter:

5-plumes

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Sélection d’octobre 2020

Roman

La Fabrique des mots d’Erik Orsenna

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La Fabrique des mots d’Erik Orsenna, Stock

Pour résumer:

« Il y a des histoires qui sont des déclarations de guerre. Voilà pourquoi, moi, Jeanne, je me suis tue. J’ai préféré attendre que le temps passe. J’étais petite, à l’époque, dix ans et quelques mois. Mais l’heure est venue de parler. »

L’ignoble Nécrole a encore frappé. L’objet de sa bataille ? Les mots. Il y en a trop, beaucoup trop. Pour faire taire tous les incurables bavards, tous les poètes, tous les chanteurs, tous les raconteurs d’histoires, tous les amoureux qui disent et redisent leur flamme, tous les humiliés qui protestent, tous les journalistes qui révèlent et, trouve-t-il, polluent de leurs nuisances sonores jusqu’à la nuit, Son Excellence le très distingué Président à vie a édité une liste, pompeusement intitulée « Circulaire VIII.2012.3917 », celle des trente mots désormais autorisés.
Pour Mlle Laurencin et les élèves de CM2 de l’école Simon-Bolivar, c’est décidé, la guerre est déclarée.
Parmi les escales de cette croisade sur terre et sur mer bientôt suivie par l’île tout entière, on apprendra comment le Palais de justice fait les choux gras de deux brasseries aux drôles de spécialités et ce que le Pays de Tendre dit de l’amour, on découvrira qu’une salle de classe et un centre de stratégie militaire ne sont pas si éloignés et qu’une ancienne mine d’or peut renfermer bien plus précieux que le plus précieux des métaux.
Amis ou ennemis de Jeanne, en campagne ou non contre l’ignorance, on croisera le chemin d’une petite foule d’êtres et de créatures, parmi lesquels un élégant, trois jeunes à capuches, des pompiers, un Capitan accablé et très prolixe en anecdotes, un brochet plus vrai que nature, deux vieilles soeurs aussi virulentes qu’érudites, un certain M. Henri et, toujours, la furie de Nécrole…

Plus de dix ans après sa première déclaration d’amour à la grammaire, Erik Orsenna ne pouvait conclure qu’en explorant la fabrique des mots. Qui les crée ? D’où viennent-ils ? Comment combinent-ils leurs origines ? A-t-on le droit d’en inventer de nouveaux ? Si l’anglais domine toutes les autres langues, nos mots à nous seront-ils réduits à l’esclavage ? À toutes ces questions, Jeanne répond, une fois de plus, et raconte ses aventures au sein de cette mystérieuse fabrique.

Ce que j’en pense:

Lorsque Nérole interdit à sa population d’utiliser des mots pour n’en utiliser que douze, Jeanne et sa classe se révolte.

L’intrigue est simple mais efficace. Le lecteur suit Jeanne qui découvre avec sa classe la fabrique de mots. Tout le long du roman, nous sommes plongés dans les racine grecques et latines. On découvre les secrets de fabrication de notre langue. Les préfixes et les suffixes valsent en tout sens.

Tout le long de ma lecture, je suis restée scotchée. Comment un auteur peut- il réussir à captiver son lectorat en parlant de l’étymologie? Et c’est là tout le génie d’Erik Orsenna. Chaque enseignant devrait lire à sa classe ce roman afin de faire émerger chez lui cette conscience de notre langue et de sa formation.

L’intrigue est belle et poétique. Les personnages ne sont qu’un prétexte à parler de la beauté de notre langue.

Le style est travaillé juste ce qu’il faut. Les mots glissent doucement et ont un goût sucré parfaitement savoureux. C’est un petit bijou de la littérature française, un petit bonbon qui m’a donné envie de découvrir Erik Orsenna encore et encore.

Bref:

Un vrai coup de cœur.

giphy

Si je devais le noter:

5-plumes

Y a pas que moi qui en parle:

La cause littéraire

Je me livre

Classique

Vol au- dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey

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Vol au- dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey, Stock

Pour résumer:

Dans une maison de santé, une redoutable infirmière, « La Chef », terrorise ses pensionnaires et fait régner, grâce à un arsenal de « traitements de choc », un ordre de fer, réduisant ses pensionnaires à une existence quasi-végétative.
Surgit alors McMurphy, un colosse irlandais, braillard et remuant, qui a choisi l’asile pour échapper à la prison. Révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de « La Chef », il décide d’engager une lutte qui, commencée à la façon d’un jeu, devient peu à peu implacable et tragique.

Ce que j’en pense:

Qui n’a pas lu Vol au- dessus d’un nid de coucou?

Heureusement, j’ai rattrapé mon retard et complètement par hasard. Attention, c’est le passage où je raconte ma vie. J’étais donc dans ma médiathèque adorée et je venais chercher Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey, mais malheureusement, quelqu’un avait dû passer avant moi… Mais dans le rayonnage, du même auteur, se trouvait Vol au- dessus d’un nid de coucou. Après une (petite) hésitation, je me suis dit que ce ne serai pas mal de le lire pour découvrir l’auteur.

L’intrigue se déroule dans un asile de fous. Alors que la Chef règne en maîtresse ultime sur tout ce petit monde, arrive un nouveau pensionnaire qui va perturber cette petite vie « tranquille ».

L’histoire n’est pas pleine de rebondissement mais nous déroule la vie de ces hommes. Tout tourne autour du bras de fer entre la Chef et Mc Murphy le nouveau pensionnaire. Tout le long, les rapports de force changent et chacun gagne un peu de terrain à sa manière. C’est passionnant de voir comment chacun réfléchit et aborde l’autre. J’ai adoré l’histoire même si ce n’est pas selon moi le point fort de ce roman.

Le pivot de ce roman, ce sont ces personnages. Ils sont touchants, émouvants, attachants…

D’abord, il y a Grand Chef qui est en fait le narrateur de cette histoire. C’est un indien qui se fait passer pour sourd et muet. Il a quelques hallucinations mais il n’est pas fou du tout. Il analyse à merveille son compatriote Mc Murphy.

Mc Murphy est LE personnage phare de ce roman. Il est très attachant. Au début du roman, il apparaît brutal. Il semble vouloir arnaquer tout le monde et surtout, il se confronte directement avec la Chef. Au fur et à mesure, le personnage prend du relief. On se rend compte que sous ses airs de gros durs, se cache en fait quelqu’un de très sensible. Il est profondément humain et essaie que ces camarades s’épanouissent.

La Chef est une espèce de bonne femme infâme et frustrée qui voue sa vie à pourrir celle des autres. Elle a Mc Murphy dans le nez et c’est une affreuse sadique. Clairement, je la déteste.

Les personnages sont donc très travaillés. Ils ont chacun leur caractère et ont leur propre psychologie. Ce sont de petits bijoux sur papier.

Quant à l’écriture… Elle est juste magnifique! Le style est superbe. Il y a de vrais beaux moments de grâce, comme par exemple la partie de pêche. J’ai eu un vrai coup de foudre stylistique pour cet auteur et ce roman. Au fur et à mesure que je lisais, je me disais que j’avais un véritable chef d’oeuvre sous les yeux. Je suis passée par tellement d’émotion en lisant ce livre que c’est juste indescriptible. Tout le livre nous amène vers un climax tragiquement beau.

Bref:

C’est sublime!

Si je devais le noter:

5-plumes

Y a pas que moi qui en parle:

Calmeblog

Les livres que je lis

Mes livres de chevet

Cette lecture s’inscrit dans le Challenge un classique par mois du Pr. Platypus.

Tout les gif sont tirés du film Vol au-dessus d’un nid de coucou.