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Pèle Mêle de BD (4)

La chronique:

Les livres dont j’ai parlé:

Les nymphéas noirs de Cassegrain, Duval et Bussi, Dupuis, 2019

Des filles de goût de Caroline Guillot, Casterman, 2013

Un Putain de Salopard de Loisel, Pont et Lapierre, Rue de Sèvres, 2019

Shi, Tome 4: Victoria de Zidrou et Homs, Dargaud, 2020

Salon Gérard et Dolorès de Sylvain Cabot, Michel Lafon, 2019

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Monsieur Jules

Monsieur Jules de Ducoudray et Monin, Grand Angle

Pour résumer:

Le métier de ce vieux monsieur ? Rentier pour dames.

Dans le quartier, tout le monde connaît le maussade Monsieur Jules. Pourtant beaucoup ignorent qu’il continue d’exercer son métier, apparu avec le plus vieux métier du monde… Au moment où tous les jours éclosent de nouvelles fleurs de pavés venues d’Afrique ou de l’Est, lui partage sa vie avec Solange et Brigitte, deux vieilles tapineuses. Une nuit, Monsieur Jules découvre le corps inanimé de Tina. Mais en l’aidant, Monsieur Jules attire l’attention des réseaux de prostitution qui ont une tout autre conception du métier de proxo que lui.

Ce que j’en pense:

C’est lors d’un rendez-vous du mercredi que j’ai découvert cette BD. Rien que le nom de Monin m’avait séduit mais les avis plutôt positifs ont définitivement fini de me tenter.

Il faut dire que ce Monsieur Jules, sous ses airs bourrus, cache de drôles de secrets… Le métier de ce monsieur? Rentier pour dames! Oui, vous avez bien lu! Cette BD nous plonge donc dans les coulisses de son lupanard. On ne s’ennuie pas chez Monsieur Jules! Entre les clients, le jardinier un peu trop « gourmand », les disputes entre ces dames et l’arrivée d’une nouvelle, il n’y a pas à dire, on n’en perd pas une miette.

Le scénario qui aurait pu virer au glauque et fait de façon judicieuse. Le récit est humain et le regard posé sur cette profession est très bienveillant.  Le récit montre clairement la différence entre le proxénétisme de Monsieur Jules et celui des nouveaux arrivants sur le marché, beaucoup plus agressif. J’ai trouvé l’ensemble bien ficelé. Le scénario a le mérite de vouloir mettre en avant des personnes qui vivent des situations difficiles et se retrouvent parfois contraintes à se prostituer pour survivre. Néanmoins, j’ai l’impression que certaines choses ont simplement été effleurées et qu’elles auraient mérité d’être un peu plus étoffée.

Le personnage de Monsieur Jules est central. Il a une forte personnalité. Il renferme un douloureux secret (qui nous sera révélé durant ce one- shot) et se montre protecteur en ce qui concerne ses filles. On découvre également plusieurs facettes à ce personnage. J’ai apprécié découvrir tant ses forces que ses failles. Il est donc particulièrement attachant.

Bien évidemment, autour de cette figure masculine dominante, évoluent un panel de personnages féminins aux multiples personnalités. Là aussi, Aurélien Ducoudray a pris le temps de peaufiner chacune d’entre elles et c’est vraiment appréciable.

L’esthétique est…sublime! Mais, je n’en attendais pas moins d’Arno Monin dont j’admire beaucoup le travail. La finesse et la délicatesse du dessin confèrent à ces personnages une vraie dimension humaine. les couleurs sont magnifiques. L’atmosphère qui se dégage de ces illustrations nous transporte directement dans l’histoire.

Bref:

Un coup de cœur.

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Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

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Sérum

Sérum de Pedrosa et Gaignard, Delcourt

Pour résumer:

Paris, 2050. Depuis les purges qui ont suivi le changement de régime, les tensions sont loin d’être apaisées. Une organisation clandestine semble préparer une action spectaculaire. Reclus dans son minuscule appartement, Kader vit seul. Il ne parle à personne. Une injection de « Sérum », un produit psychoactif, l’empêche de mentir. Qu’il le veuille ou non, il ne peut dire que la vérité. Rien que la vérité. Toute la vérité. Cette malédiction fait de sa vie un enfer.

Ce que j’en pense:

Kader est enfermé et sous haute surveillance. Il subit régulièrement une injection de Sérum qui l’oblige à dire la vérité et permet ainsi de contrôler ses faits et gestes. Obligé de se tenir à l’écart de la société, ce roman graphique nous raconte le moment où sa vie va basculer.

Le scénario de cette BD est d’une incroyable précision. Construit comme un roman d’anticipation, il  nous longe dans un futur proche effrayant où le contrôle des esprits semble une priorité. À un rythme haletant, les événements s’enchaînent et sans nous en rendre compte, nous voilà embarqué dans une histoire hors norme. L’ensemble est bien construit et la tension grandit au fur et à mesure de la lecture. La fin est surprenante, je ne m’y attendais vraiment pas.

Le personnage principal est Kader. Enfermé et connaissant un véritable mal être, le personnage ne met pas vraiment à l’aise. Tout est raconté de son point de vue et comme il vit un grand moment de confusion, cela contribue à créer du mystère autour de tous les événements qui se succèdent.

Autant le scénario a su me séduire de suite, autant je suis beaucoup moins conquise par l’esprit esthétique de ce roman graphique. Les traits sont durs et épais conférant une atmosphère lourde. Les couleurs sont très tranchées et manquent de nuance. Je n’ai donc pas vraiment accroché à l’esprit graphique de l’ensemble.

Bref:

Un scénario qui a su me séduire mais une esthétique qui ne m’a pas conquise.

Si je devais le noter:

3-plumes

Un petit aperçu:

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La Princesse de Clèves

La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette, Bouilhac et Catel, Dargaud

Pour résumer:

Écrit en 1678 par Madame de La Fayette, « La Princesse de Clèves » est un roman fondateur. La jeune Mademoiselle de Chartres y fait ses premiers pas dans la cour du roi de France, Henri II. Entre cabales, médisances et galanteries, elle rencontre l’amour dans un univers pétri de conventions. En retournant à son avantage les idéaux féminins stéréotypés de l’époque (la solitude, le silence, le secret, la retenue, la décence et la discrétion), la princesse expose une forme de féminisme inédit, basé sur l’estime de soi où la raison triomphe de la passion.

Ce que j’en pense:

Je ne connais pas le classique de La princesse de Clèves mais j’ai lu tellement d’avis élogieux sur ce roman graphique que forcément, j’ai cédé à la tentation.

Le scénario est calqué sur le roman de Madame de La Fayette. Il met en scène le Princesse de Clèves qui lutte contre ses pulsions pour Nemours un gentilhomme un brin tombeur. Cet amour impossible est au centre de tout le roman graphique et c’est cette intrigue amoureuse qui rythme toute la lecture. 

Les personnages sont juste fantastiques. J’ai adoré la Princesse de Clèves qui est magnifique et fait preuve de droiture dans son attitude. J’ai aimé cette fidélité, cette détermination dans sa décision. Elle ne cède pas à la tentation et se montre sous ses airs fragiles d’une implacable détermination.

Nemours quant à lui est un personnage intéressant. Au départ, il pensait jouer avec la Princesse de Clèves mais il se fait prendre à son propre piège en tombant éperdument amoureux d’elle. Il n’aura de cesse d’insister et de l’attendre. Un vain espoir qui se terminera en tragédie.

L’esthétique est fidèle à Catel que j’apprécie beaucoup. Les traits sont en rondeurs. On sent que le travail de documentation en amont a été conséquent.Il y a une multitude de détails dans les tenues et les décors ce qui contribue à nous plonger de plein pied dans l’atmosphère du roman graphique.

Bref:

Un vrai plaisir de lecture.

Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu: