Prix des Lectrices Elle 2020·Roman·Service Presse

Et toujours en été

Et toujours en été de Julie Wolkenstein, POL

Pour résumer:

Un escape game c’est comme la vie. Surtout lorsque cette vie (la mienne) est d’abord un lieu, une maison aux multiples pièces, chacune encombrée de souvenirs et peuplée de fantômes », écrit la narratrice. Les fantômes, il y en a deux principalement, le père, écrivain et académicien, mort en 2006, et le frère disparu en novembre 2017. Il y a aussi le souvenir de l’Anyway, le voilier du père transmis à son fils. La narratrice s’adresse à ses lecteurs et nous participons avec elle à la visite de la maison familiale de Saint-Pair-sur-mer dans la Manche. On remonte le temps, celui des étés des années 70 et 80, mais aussi de plus lointaines époques. Comme dans les escape games, il y a parfois des raccourcis topographiques à découvrir et à emprunter pour aboutir à des révélations. C’est en quelque sorte une « vie mode d’emploi ». Les pièces, les meubles, les objets de toutes sortes (tableaux, disques vinyles, horloges, livres, instruments de cuisine, jouets…) forment un drôle de puzzle autant spatial que temporel, à reconstituer pour faire apparaître avec bienveillance et mélancolie l’histoire d’une famille. Son humanité, avec ses failles et ses disparitions.

Ce que j’en pense:

Avec Et toujours en été, nous voilà coincé dans une maison où chaque objet est un souvenir. L’auteure use d’une métaphore filée autour de l’escape game pour nous faire visiter une maison dans laquelle, elle semble avoir grandit. Au détour d’un couloir, d’une pièce, d’un objet, les souvenirs émergent. Une anecdote nous est livrée, nous faisant tantôt sourire, tantôt pleurer, parce que la vie c’est ça tout simplement, une alternance de joie et de tristesse. Sous l’œil curieux du lecteur, la maison poussiéreuse reprend vie et s’emplit des habitants qui autrefois étaient maîtres des lieux.

Le texte est plein de nostalgie et cette ambiance mélancolique si charmante au début du roman devient parfois pesante. Cette maison devient alors le tombeau des souvenirs que l’on voudrait pou voir fuir. De plus, même si la métaphore de l’escape game est choisie de façon judicieuse, je trouve qu’elle s’étiole à la longue. Elle lance de façon intelligente le roman mais aurait dû s’arrêter assez vite selon moi. En effet, cette persistance en tant que fil conducteur ajoute une certaine lourdeur au texte.

Quant au style de l’auteure, je l’ai trouvé délicat et agréable. La nostalgie qui se dégage de son écriture a un certain charme et donne par moment un aspect poétique au récit. Néanmoins, ce roman n’est somme toute que le récit d’une déambulation aléatoire dans un lieu à l’abandon.

Je n’ai donc pas été totalement conquise par cette lecture. Les souvenirs sont seulement touchés du doigt rapidement et j’aurai préféré qu’ils soient plus développés. Finalement, c’est un fort sentiment de frustration que je garderai en mémoire.

Bref:

Pas une lecture mémorable.

Si je devais le noter:

3-plumes

Prix des Lectrices Elle 2020·Roman

Le Ghetto Intérieur

Le Ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena, P.O.L Editions

Pour résumer:

Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C’était l’arrière-grand-mère de l’auteur.

Ce que j’en pense:

À l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, Vicente un immigré polonais vivant en Argentine, tente de creuser son trou dans son pays d’accueil. Ayant fondé une famille, il vit la séparation avec sa mère de façon plutôt sereine mais, l’Histoire va venir le hanter très rapidement. En effet, de l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, la montée du fascisme entraîne des décisions effrayantes. C’est ainsi, que naîtra le ghetto de Varsovie dans lequel les parents et le frère de Vicente se trouvent enfermés. Mais cela paraît impossible à Vicente, comment une telle chose peut arriver ? La lettre qu’il recevra de sa mère lui révèlera l’indicible, éveillant chez lui crainte et culpabilité. Vicente va donc se créer son propre ghetto. Ses pensées ne sortiront plus, ses paroles non plus. Plus de joie, plus d’envie, seulement la vie que l’on brûle par les deux bouts. Vicente va se murer dans un silence, rongé par sa culpabilité. Pourquoi n’a-t-il pas obligé sa mère à le suivre en Argentine ? Et cette religion pour laquelle elle souffre tant, pourquoi l’a-t-il tant négligée ? Le tourbillon de ses pensées noie le lecteur qui assiste impuissant à la descente aux enfers de ce personnage. Le choix de la narration omnisciente permet également d’accéder aux pensées des personnages qui gravitent autour de Vicente. Ainsi, nous avons une vision globale de cette situation d’enfermement. Le ghetto intérieur que se crée Vicente évolue en miroir avec la montée du fascisme et prend une ampleur destructrice au fur et à mesure du récit. L’angoisse est permanente. Le désarroi des proches est palpable.

C’est donc un récit fort que nous livre Santiago H. Amigorena. Son écriture est agréable mais manque de rythme. C’est d’une lenteur sans nom. Certains passages tirent en longueur et lassent. Dommage…

La fin quant à elle, surprend et émeut. Affirmant une volonté de témoignage, on en vient à pardonner à l’auteur les quelques défauts que son texte peut avoir.

Bref:

Une lecture agréable mais sans plus.

Si je devais le noter:

3-plumes

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Sélection d’octobre