Atelier d'écriture

L’atelier d’écriture

Je me rappelle de deux photos de plage déjà parues lors des ateliers d’écriture. Une de ces photos m’avait inspirée un meurtre (ça vous étonne?) et l’autre un magnifique souvenir de famille. Cette fois, je vous livre mon secret de petite provençale. Enjoy!

© Vincent Héquet

Chaque fois que l’été arrive, c’est la même chose. Tout le monde prend son maillot et sa serviette sous le bras et court à la plage. Les corps reviennent bronzés. Les sourires s’affichent sur les visages. Et à chaque fois, les gens me demandent si je suis allée à la plage. Et à chaque fois, je réponds que non. Je vis à 20 minutes de la mer en voiture et je déteste ça! Je déteste le sable. Ça pique, ça gratte, ça s’insinue partout! Je déteste la mer. C’est sale, trop salée et personnellement après j’ai la peau qui tire. Je déteste l’ambiance. Trop de bruits, trop de personnes et surtout trop de touristes.

Non, moi ce que j’aime, c’est la plage l’hiver. La plage lorsqu’il n’y a personne et que le sable s’offre à vous infini et solitaire. J’aime ce silence bercé d’embruns et de vagues. J’aime m’asseoir sur le sable et me dire qu’elle est à moi, rien qu’à moi. J’aime l’eau glacée qui vient me caresser les orteils. J’aime la pâleur timide du soleil qui vient me caresser la peau.

Alors je vous l’annonce officiellement, messieurs les touristes, mais en venant envahir nos plages l’été, vous faites fausse route. C’est l’hiver, que la plage est la plus belle, et ce secret n’appartient qu’à moi.

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Je tentais de percer la nuit de mon regard. J’avais patiemment attendu qu’il se couche. Prudente, j’avais laissé une heure passer afin qu’il soit bien endormi. Je décidai de me lever le plus silencieusement possible. Je jetai un regard furtif par l’entrebâillement de la porte. J’enfilai mon gilet et ma paire de basket. Je descendis le vaste escalier d’un pas léger et balayai du regard le luxueux salon. Tout me donnait envie de vomir dans cette maison: Le canapé en cuir qui trônait devant la cheminée, la cuisine en marbre, ouverte sur le jardin. Autant de souvenirs dont je voulais m’éloigner au plus vite. Arrivée au pied des marches, mon pouls s’accéléra. J’avais fait plusieurs tentatives d’évasions durant l’année et chacune avait échoué. La première fois, j’avais tenté de fuir par le nord, mais les chiens avaient donné l’alerte. La deuxième fois, j’avais jeté mon dévolu vers le sud mais j’avais bêtement trébuché sur une pierre et m’étais cassée la cheville. La troisième fois, il m’avait rattrapé dans la cuisine et m’avais arrêté en me fracassant le crâne contre le marbre du plan de travail. Cet homme que je ne connaissais pas semblait avoir des yeux partout. Je tendis la main vers la fenêtre lorsque je crus entendre un mouvement dans mon dos. Instantanément je me cachai derrière les rideaux. Il était là et il savait que j’étais là aussi… Il marchait lentement, tranquillement. J’imaginai son sourire en coin. Ce sourire qui m’avait fait accepter ce verre dans mon bar préféré. Ce verre qui m’avait conduit à ma perte. Une boule se forma dans ma gorge et je refrénai mes larmes. Après quelques minutes d’attente, il ouvrit le frigo, bu une gorgée d’eau et remonta. Plus de peur que de mal. J’attendis encore un peu, sortis de ma cachette, ouvris la fenêtre, et fis un pas dehors lorsque sa main s’abattit sur mon épaule. La maison me happa à nouveau.

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Paul attendait ce moment depuis longtemps. Georges lui était beaucoup moins impatient, voire nerveux. La reconstitution de la bataille de Gettysburg était un événement majeur de cette année 2003. Paul avait enfilé son costume de soldat de l’Union et Georges celui d’un soldat Confédéré. Tout le monde était là, joyeux, se serrant la pince et trinquant avec des tasses en fer remplies de mauvais alcool. Cela faisait maintenant 6 mois que le diagnostic était tombé. Paul avait un cancer généralisé qui progressait rapidement. Après des mois de traitement, il avait eu un dernier rendez- vous, il y avait deux semaines. Le verdict était tranchant et sans appel. Il lui restait un ou deux mois pas plus. Paul avait serré la main du docteur et décroché son téléphone. Au bout du fil, George son vieil ami avait été une oreille attentive et après une longue hésitation, il avait accepté l’impossible.

Le rappel était sonné. George serra fort Paul dans ses bras, lui tendit une lettre cacheté et rejoignit le camp adverse. Chacun était de son côté, prêt à simuler la grande bataille qu’ils admiraient tant. Au début, le cœur de Paul s’était mis à battre la chamade. Des coups de feu factices résonnaient à ses oreilles. Des hommes faisaient semblant de tomber meurtris et hurlants. Maintenant, George était face à lui. Il hésitait. Les deux hommes se regardèrent longtemps. Mentalement, Paul remerciait George. Ce dernier épaula son fusil, le regard trouble. Paul ferma les yeux et attendit. Un coup de feu résonna, son crâne explosa. Le fusil n’était pas chargé à blanc. Tout était sombre autour de lui.

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© CCO Public Domain

Isa enfila ses chaussures de course et s’attacha les cheveux soigneusement. Comme chaque fois qu’elle partait faire du jogging, elle privilégia les escaliers plutôt que l’ascenseur afin de s’échauffer. Elle se délectait d’avance de sa course dominicale dans les beaux quartiers de Paris. Lorsqu’elle ouvrit la porte d’entrée de l’immeuble, elle faillit buter sur l’homme qui dormait là, en travers. Surprise elle se rattrapa de justesse, enfila ses écouteurs et partit de bon train. Après une heure d’intense effort, elle retourna chez elle, transpirante, et il était encore là, sale et famélique homme aux traits tirés. Il la salua timidement et se poussa. Isa lui rendit son salut et grimpa dans son appartement cossu. Elle prit une rapide douche. Ce moment si salvateur habituellement avait un goût amer. Un goût de poussière et de pauvreté. Elle enfila un pantalon, un tee- shirt et se saisit d’un paquet de biscuits dans son placard. Elle se fit couler deux cafés et descendit. Il était toujours là. Isa s’assit à côté de lui et lui tendit un café ainsi que le paquet de biscuit. L’homme la regarda incrédule. Elle insista. Il tendit timidement la main et, tout en la regardant, il mit la petite tasse à ses lèvres. Une intense émotion se peignit sur le visage de cet homme de la rue. Isa finit sa tasse, le salua et partit.

Quelques semaines suffirent à Isa pour connaître Abder. Abder était un professeur de français syrien. Il avait fui la guerre comme beaucoup. Il raconta à Isa l’horreur, la peur, les épreuves. Isa l’écoutait attentivement. Abder lui raconta ses espoirs, la France comme terre d’asile, puis la désillusion. Il lui raconta sa vie dans la rue, la misère, la pauvreté, le rejet et la saleté.

Isa était bouleversée, comment vivre dans ce grand appartement seule au chaud, alors que Abder seul dans la rue, souffrait et avait froid. Elle organisa une réunion des propriétaires et après un débat houleux, elle obtint ce qu’elle avait temps espéré pour Abder. Elle avait tout arrangé, nettoyé la petite chambre de bonne abandonnée, avait couvert le lit de couvertures et de coussins et rempli le frigo. Lorsqu’elle descendit son cœur battait la chamade. Elle ouvrit la lourde porte d’entrée. Abder lui sourit et elle lui tendit la main.

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© Felix Russel- Saw

J’avais la boule au ventre. Je préparais cet événement depuis tellement de temps…

Du plus loin dont je me souvienne, j’ai toujours voulu être photographe. Lorsque j’ai annoncé pour mes 18 ans mes ambitions artistiques à mon père, il m’a regardé avec mépris et a déclaré « Ce métier de saltimbanque n’est pas pour toi. » Ma réaction a été immédiate. Je suis montée dans ma chambre, j’ai pris quelques affaires et j’ai claqué la porte. Tristan, mon copain de l’époque, est venu me chercher quelques minutes plus tard dans sa camionnette aménagée. Il m’a souri, puis tendu un petit paquet qui contenait un appareil photo. Il m’a serré dans ses bras et il a démarré. J’ai dormi toute la nuit à l’arrière du véhicule pendant que lui conduisait. Au petit matin, il m’a réveillé et a entrouvert le coffre du minivan dévoilant un paysage luxuriant à perte de vue. Je me suis saisie de l’appareil et j’ai capté cet instant magique. Ce fut ma première photo…

Le vernissage battait son plein. Je serrais des mains, trinquais avec les invités tout sourire. Cette photo était au centre de l’attention de tous. Les uns admiraient le jeu de lumière, les autres félicitaient le sentiment d’immédiateté. À la fin du vernissage, la propriétaire de la galerie m’a sourie et m’a tendue une enveloppe contenant un chèque de 10 000€ pour le fameux cliché. Au dos du chèque, quelques mots: « J’avais tort. Papa. »

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