Service Presse·essai

Comme un roman

Résumé:

Enseignant, auteur, père et lecteur, Daniel Pennac livre ici ses réflexions et ses observations sur la lecture et sur la place des livres dans notre vie. Une œuvre majeure publiée chez D’eux dans une édition anniversaire, avec les illustrations de Quentin Blake.

Ce que j’en pense:

Personnellement, j’aime beaucoup Daniel Pennac. Ses livres font pour moi partie des grands classiques. Je n’avais pourtant jamais lu Comme un roman. C’est donc avec grand plaisir que je me suis plongée dans cette réédition chez D’eux.

Comme un roman est une réflexion sur la lecture, et sur la place des livres dans notre vie. Il nous questionne sur notre rapport avec l’objet livre en tant que tel mais également sur notre approche de l’activité de lecture. Étant moi- même enseignante, j’avoue avoir apprécié me plonger dans ce livre qui finalement nous montre que nous ne sommes pas tous égaux face à cela. Beaucoup de choses dépendent de la façon d’amener la lecture. Pour ma part, adorant lire, j’essaie de transmettre ma passion à mes élèves et de leur donner le goût de lire. Ce n’est pas toujours simple il faut l’avouer.

Ce que j’ai aimé également avec Comme un roman c’est que le livre nous questionne sur notre position de lecteur. Quel est notre rapport avec les livres ? Moi, par exemple, je suis incapable de lire plusieurs livres à la fois. Je culpabilise également à l’idée de ne pas finir un livre que je n’apprécie pas… On peut alors se poser la question de plaisir dans ce cas là car parfois c’est véritablement de la torture.

Finalement, le livre se clôt avec les 10 droits du lecteur qui j’avoue m’aide à déculpabiliser pas mal.

Bref, Daniel Pennac nous livre encore une fois son regard sur la société et c’est parfaitement délicieux. Comble de cette nouvelle édition, le texte est agrémenté d’illustrations de Quentin Blake, connu pour avoir illustré les romans de Roald Dahl. Au plaisir de la lecture se rajoute donc un plaisir visuel.

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Ma chronique en vidéo:

essai·Lectures Inavouables·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Jouir, En quête de l'orgasme féminin

Jouir, En quête de l’orgasme féminin de Sarah Barmak, Zones

Pour résumer:

Libérée, la sexualité des femmes d’aujourd’hui ? On serait tenté de croire que oui. Pourtant, plus de 50 % d’entre elles se disent insatisfaites, que ce soit à cause d’un manque de désir ou de difficultés à atteindre l’orgasme. Si tant de femmes ordinaires sont concernées, peut-être qu’elles n’ont rien d’anormal et que ce n’est pas à la pharmacie qu’il faut aller chercher la solution. Le remède dont elles ont besoin est plus certainement culturel, et passe par une réorientation de notre approche androcentrée du sexe et du plaisir.
Tour à tour reportage, essai et recueil de réflexions à la première personne, cet ouvrage enquête sur les dernières découvertes scientifiques ayant trait à l’orgasme féminin. On y apprend ainsi qu’une chercheuse en psychologie clinique a recours à la méditation de pleine conscience pour traiter les troubles à caractère sexuel. On y découvre aussi diverses façons dont les femmes choisissent de redéfinir leur sexualité. Cette aventure aux confins de la jouissance nous emmène jusqu’au festival Burning Man, où l’orgasme féminin est donné à voir sur scène, ou encore dans le cabinet feutré d’une thérapeute qui propose de soigner les traumatismes liés au viol à l’aide de massages sensuels.

Ce que j’en pense:

Dans cet essai, Sarah Barmak n’y va pas avec le dos de la cuillère et nous parle de l’orgasme avec un grand O. D’emblée, elle fait un constat : « 57% des femmes âgées de dix-huit à quarante ans jouissent la plupart du temps lorsqu’elles couchent avec un homme, tandis que leurs partenaires jouissent 95% du temps. » Et pourtant, les scientifiques se sont penchés avec émois sur les troubles érectiles de ces messieurs sans s’inquiéter outre mesure du plaisir de ces dames.

Sarah Barmak réfléchit donc au plaisir féminin. Pour cela, elle décrit l’appareil génital féminin avec au centre de celui-ci le clitoris. En effet, ce dernier est au centre de l’essai et la source principale du plaisir chez la femme. L’auteure s’applique donc à nous présenter ce que beaucoup de femmes ne connaissent pas ou n’osent pas nommer. Elle décrit son fonctionnement, son anatomie et s’étonne que le clitoris ne soit pas tout le temps présent dans les coupes d’appareils génitaux alors que le pénis est au centre de tout. En effet, selon elle, ce tabou autour de l’orgasme féminin serait en partie dû à la peur du plaisir.

Elle revient également sur la vision de plaisir au fil du temps, et c’est avec une certaine stupéfaction que j’ai découvert que les Hommes étaient bien plus ouverts d’esprit à l’Antiquité que nous actuellement. À l’heure où le porno est très présent, le plaisir de la femme passe au second plan.

Enfin, elle suggère des solutions afin d’atteindre le graal. Elle décrit des séances de méditations orgasmiques où des hommes apprennent à masturber des femmes et où des femmes découvrent tout simplement leur propre corps et comment se procurer du plaisir. Elle déculpabilise les femmes en leur affirmant que se faire du bien n’est pas honteux et que savoir comment stimuler son clitoris n’est pas un acte diabolique.

Finalement, Sarah Barmak se questionne : Et si l’orgasme passait aussi par l’acceptation de soi ? En effet, comment atteindre les sommets du plaisir lorsque l’on ne s’aime pas soi-même. Peu importe, la vulve, le vagin, le clitoris ou les poils pubiens, toutes les femmes méritent de connaître le plaisir. L’auteure nous incite donc à nous observer de façon intime et à nous regarder avec indulgence.

Sarah Barmak fait donc une analyse fine de la sexualité des femmes du 21ème siècle. Son message de tolérance envers chacune fait beaucoup de bien. L’ensemble est instructif et agréable à lire. Le regard que jette l’auteure sur la jouissance est dans l’air du temps. Elle s’exprime sans tabou et ne fait pas de détour. Un texte à mettre dans les mains de toutes les femmes mais aussi des hommes.

Bref:

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Si je devais le noter:

4-plumes

SI les lectures inavouables vous tentent, je vous conseille de vous rendre sur le blog de Stephie.

essai·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

L'avenir de la planète passe par notre assiette

L’avenir de la planète passe par notre assiette de Jonathan Safran Foer, Editions de l’Olivier

Pour résumer:

« Des millions de gens vont mourir à cause du réchauffement climatique. Des centaines de millions de gens vont devenir des réfugiés climatiques. Ces chiffres comptent, parce que ce ne sont pas seulement des chiffres – il s’agit d’individus, avec chacun une famille, des habitudes, des phobies, des allergies, des aliments préférés, des rêves récurrents, une chanson qui lui est restée dans la tête, des empreintes uniques et un rire particulier. […] Il est difficile de prendre en charge des millions de vies. Mais il est impossible de ne pas prendre soin d’une seule. Cependant, peut-être n’avons-nous pas besoin de nous soucier de ces millions de gens. Il nous suffit de les sauver. »

Après l’immense succès de Faut-il manger les animaux ?, Jonathan Safran Foer revient à la charge : l’élevage intensif des animaux est responsable du dérèglement climatique. L’extinction de la planète aura lieu parce que nous mangeons trop de viande. Avec empathie, avec humour, l’auteur analyse les défis auxquels nous devons faire face. Parce qu’il n’est pas trop tard pour inverser la tendance. Et que l’avenir de la planète commence maintenant, dans notre assiette.

Ce que j’en pense:

Je crois que tout le monde a bien compris que notre Terre était véritablement en péril. Avec cet essai, Jonathan Foer Safran se propose de nous faire réfléchir sur nos assiettes et l’impact que celles-ci pourraient avoir sur l’avenir de notre planète.

Tout d’abord, l’auteur fait un constat et multiplie les métaphores afin de bien mettre en avant la situation dans laquelle nous nous trouvons. Ensuite, Jonathan Foer Safran nous explique l’impact que peut avoir notre consommation de nourriture sur notre environnement. J’ai trouvé cette partie beaucoup plus intéressante et accrocheuse. On sent très vite que l’auteur s’est beaucoup documenté et qu’il maîtrise son sujet.

Enfin, l’auteur nous propose des solutions simples afin de changer notre façon de consommer notamment la viande. J’ai apprécié que l’auteur ne soit pas moralisateur. En effet, il ne renie pas que changer ses habitudes est un véritable défi personnel. Il avoue être lui-même confronter à ce dilemme et commente avec humour certaines de ses prérogatives.

Finalement, l’auteur fait un constat alarmant et nous propose des solutions à notre mesure pour améliorer les choses à notre échelle. Au-delà de cela, il essaie de nous sensibiliser au désastre climatique que peut accentuer une surconsommation de nourriture et en douceur il tente de nous indiquer que finalement, les choses tiennent à peu de choses et qu’il n’y a pas de petits gestes.

Bref:

Une lecture instructive.

Si je devais le noter:

3-plumes

essai·Prix des Lectrices Elle 2020

19 femmes

19 femmes de Samar Yazbek, Stock

Pour résumer:

« 19 femmes est le fruit d’une série d’entretiens que j’ai menés avec des Syriennes dans leurs pays d’asile, ainsi qu’à l’intérieur du territoire syrien. À chacune j’ai demandé de me raconter ‘‘leur’’ révolution et ‘‘leur’’ guerre. Toutes m’ont décrit le terrible calvaire qu’elles ont vécu.
Je suis hantée par le devoir de constituer une mémoire des événements qui contrerait le récit qui s’emploie à justifier les crimes commis, une mémoire qui, s’appuyant sur des faits incontestables, apporterait la preuve de la justesse de notre cause. Ce livre est ma façon de résister. »

Ce que j’en pense:

La guerre, souvent, nous la vivons de loin, tout ce que nous en voyons, c’est ce que nous montrent les médias. La guerre pour certains, c’est lointain et pour d’autres c’est leur vie. Samar Yazbek s’est intéressée à ses personnes qui vivent la guerre. Mais, pas à n’importe quelle personne, à des femmes syriennes, 19 exactement. C’est ainsi que 19 femmes est né. Tour à tour, chacune raconte son histoire, sa guerre, son expérience.
Je me suis plongée avec beaucoup d’appréhension dans cette lecture. Les essais ne sont pas vraiment mon genre de prédilection et le sujet bien que intéressant m’effrayait un peu. Et puis, j’ai commencé ma lecture et tout doucement, je me suis retrouvée en Syrie, au milieu de ces femmes qui livrent leurs secrets. Commencer à lire ce livre, c’est rentrer dans l’intimité de ses personnes, c’est découvrir leur vie, leur famille. Chaque femme a vécu la guerre différemment mais chacune a dû en payer le prix. Au fil des témoignages, j’ai découvert l’injustice, l’horreur. Au moment où je pensais avoir lu le pire, une autre situation me révulsait. Ainsi, j’ai découvert le long glissement vers la dictature et le culte de l’image. J’ai découvert les combats silencieux, les extrémismes religieux. Mais il n’y a pas que cela dans 19 femmes. Il y a aussi des femmes fortes, qui crient leurs idées haut et fort et sont pleine d’amour pour leur pays. J’ai vu des femmes se sacrifier pour d’autres êtres humains et lutter pour leur liberté.
À l’heure où les pays ferment leurs frontières aux migrants, Samar Yazbek prend le parti de raconter leur histoire. Chaque témoignage débute avec une présentation sommaire. Un nom, un âge, une profession et une situation familiale qui donnent d’emblée une dimension réelle et humaine à ces témoignages. Journaliste, étudiante ou avocate, aucune couche de la société syrienne n’a été épargnée par cette guerre. Grâce à son récit, l’auteure nous rappelle qu’avant d’être des immigrants, ces personnes étaient comme nous. Elles avaient une vie, une famille.
Le style reste très journalistique et essaie de ne pas tomber dans le pathos. Les faits bruts nous sont décrits et aucune horreur ne nous épargnée. 19 femmes est plus qu’un essai c’est une preuve que malgré la guerre, la voix des femmes trouvera toujours le moyen de s’exprimer.

Bref:

Une vraie claque.

Si je devais le noter:

5-plumes

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Sélection d’octobre 2020

essai·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Des hommes justes

Des hommes justes d’Ivan Jablonka, Seuil

Pour résumer:

Comment empêcher les hommes de bafouer les droits des femmes ? En matière d’égalité entre les sexes, qu’est-ce qu’un « mec bien » ? Il est urgent aujourd’hui de définir une morale du masculin pour toutes les sphères sociales : famille, entreprise, religion, politique, ville, sexualité, langage. Parce que la justice de genre est l’une des conditions de la démocratie, nous avons besoin d’inventer de nouvelles masculinités : des hommes égalitaires, en rupture avec le patriarcat, épris de respect plus que de pouvoir. Juste des hommes, mais des hommes justes.

Ce que j’en pense:

À l’heure des #MeToo et des #balancetonporc, Ivan Jablonka se lance dans l’écriture d’un essai couillu sur les nouvelles masculinités. Son analyse fine de la condition de la femme à travers l’Histoire et son impact sur le patriarcat et la masculinité met en avant des situations sociétales de la vie de tous les jours. Il faut dire qu’Ivan Jablonka étant historien, on ne pouvait passer à côté d’une telle analyse. Partant du règne incontestable de l’homme au tout début de notre Histoire, en passant par la révolution des droits, l’auteur arrive jusqu’au féminisme. Ne vous y trompez pas, cet essai n’est pas que historique, il nous explique comment l’homme a vu sa place changer au fur et à mesure que les femmes ont conquis des droits. Il met en avant que la masculinité des hommes a changé tout au long de l’Histoire, s’adaptant à la conquête des droits qu’ont obtenus les femmes au fil du temps. Passé ce constat, Ivan Jablonka approfondit sa réflexion avec l’idée d’une justice des genres. Il propose ainsi des alternatives au patriarcat écrasant de naguère. Il parle de non- domination, de respect et d’égalité.

Le lien étroit qui lie féminisme et masculinité est donc décortiqué et analysé afin de nous présenter des solutions plus égalitaires pour chacun. Il vise à pousser à la réflexion son lecteur dans son rapport avec l’autre genre.

L’ensemble de l’essai est bien construit, la documentation impressionnante. L’écriture est agréable, ce qui rend le contenu accessible à tous.

Finalement, Ivan Jablonka nous offre un essai dans l’air du temps et qui pousse à la réflexion.

Bref:

Une lecture instructive.

Si je devais le noter:

4-plumes

 

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