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Moon River

Moon River de Fabcaro, 6 Pieds sous Terre, 80 pages

Hollywood, années 50. Au cœur de l’usine à rêves du cinéma, l’immense actrice Betty Pennyway est victime d’un crime sans précédent et particulièrement abominable. L’affaire fait la une de toute la presse et l’Amérique entière est en émoi.

La police de l’Etat fait appel au peu orthodoxe inspecteur Hernie Baxter pour mener cette délicate enquête qui secoue tout le petit monde du 7ème Art.

C’est une investigation sombre et mystérieuse fouillant dans les recoins les plus obscurs de la ville de Los Angeles qui s’engage, un périple aux confins de la folie qui risque bien de le mener jusqu’aux portes de l’enfer…

J’ai eu l’honneur de pouvoir lire Moon River avant sa sortie grâce aux éditions 6 pieds sous terre. 

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Ce n’est plus un secret, j’adore le travail de Fabcaro. Son humour corrosif a l’art de me séduire. En est-il de même pour cet opus? 

Nous voilà donc plongé en plein tournage d’un western. Alors que tout se déroulait à merveille, un drame survient. L’actrice principale Betty Pennyway, a effectivement été agressée en pleine nuit, un immonde personnage lui a dessiné une bite sur la joue. 

Pour ceux qui connaissent Fabcaro, vous noterez que l’auteur n’a pas perdu en sens de l’humour. Lire cette BD, c’est se lancer dans une enquête hors du commun. J’ai adoré ce scénario loufoque où les personnages se prennent tellement au sérieux. Les dialogues sont improbables tout comme l’histoire. 

En effet, tout au long de l’enquête, Fabcaro nous propose de petites parenthèses qui le mettent en scène en plein travail. De la réaction de son éditeur, à celui de ses enfants, de sa sciatique à la « charmante » dame chez qui il va chercher son foin, tout y passe. Pour le coup, on a un peu l’impression d’assister au processus de création. Le scénario est donc très original.

Ne vous inquiétez pas, l’enquête sera bel et bien résolue à la fin de la lecture mais avant d’en arriver au dénouement, Fabcaro nous offre des situations hilarantes. J’ai énormément ri en lisant cette BD, qui m’a remis le moral au moment où j’en avais besoin.

Les illustrations sont fidèles au style de Fabcaro, mais ce dernier a pris le parti d’utiliser deux styles différents. Pour raconter son enquête, le style utilisé est très fin. On retrouve les personnages de Fabcaro parfois sans visage. Il y a très peu de couleurs et de décors. En revanche, pour les moments de sa vie, l’illustrateur a opté pour un style de dessin qui s’apparente plus à un dessin d’humour. Les personnages ont des trait plus épais, ils sont très expressifs mais là aussi peu de décor.

J’ai eu un vrai coup de cœur pour Moon River. J’ai beaucoup ri pendant cette lecture et comme à chaque fois, l’humour de Fabcaro a su faire mouche.

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Fais pas ta gamine!

Fais pas ta gamine! Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini, Gulf Stream Editeur, 72 pages

Plus d’appareil dentaire, presque plus d’acné, des seins qui se décident enfin à pousser… Je ne suis pas encore aussi jolie que Solveig ou Chloé, mais au moins, je n’ai plus l’impression d’être un grand sac d’os. Léo aussi l’a remarqué, puisque ça y est, nous sommes ensemble ! Il ne se passe plus une journée sans que nous soyons collés l’un à l’autre. Après des années d’insignifiance absolue, je suis enfin « celle-qui-sait ». Évidemment, ça rend les copines super curieuses : Annabelle, il embrasse bien Léo ? Annabelle, vous avez été jusqu’où ? Ça me gêne un peu. Surtout, je ne sais pas trop quoi leur répondre. Léo a envie de plus, mais moi, de quoi ai-je vraiment envie ?

Les éditions Gulf Stream ont eu la gentillesse de m’envoyer le nouvel opus du duo Charlotte Bousquet- Stéphanie Rubini.

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Pour rappel, Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini ce sont notamment Bulles et Blues et Mots rumeurs, mots cutter

Nous retrouvons le collège que nous connaissons bien. Nous suivons Annabelle qui commence à fréquenter Léo. Mais ce dernier est un peu trop entreprenant et la jeune fille n’ose pas refuser. Elle se retrouve à devoir faire des choses qu’elle ne veut pas et ne sait pas comment le dire à Léo. Pourtant, elle essaie mais la réponse de Léo est simple ‘Fais pas ta gamine! » Le scénario pousse donc à réfléchir sur la question du consentement et l’acceptation des limites de chacun. Le sujet est sensible mais avec son histoire Charlotte Bousquet aborde le problème de façon simple afin de toucher le plus de monde possible. De plus, elle nous propose une fin positive qui démontre que cette situation n’est pas inextricable.

Le personnage d’Annabelle est clairement au centre de cette BD. Elle est une adolescente timide et peu sûre d’elle. Face à cette nouvelle histoire d’amour, Annabelle ne sait trop comment réagir, elle ne sais pas ce qui est normal ou pas. Et puis, finalement, elle s’émancipe et s’affirme au fil des pages.

D’un point de vue esthétique, Stéphanie Rubini nous livre des illustrations en toute délicatesse. J’aime particulièrement la façon dont elle utilise les couleurs. Les nuances sont douces et créent une atmosphère vraiment particulière. J’apprécie également ses dessins simples mais efficaces. La pâte de Stéphanie Rubini est d’ailleurs reconnaissable. Je l’avais déjà beaucoup aimé dans Hiver Indien et je continue à l’apprécier avec ce nouvel opus.

Avec Fais pas ta gamine! Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini signe une BD forte à mettre absolument entre toutes les mains et cela dès le collège.

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Les Carnets de l’Apothicaire

Les Carnets de l’Apothicaire, Volume 1 de Itsuki Nanao et Nekokurage, Ki-oon, 178 pages

À 17 ans, Mao Mao a une vie compliquée. Formée dès son jeune âge par un apothicaire du quartier des plaisirs, elle se retrouve enlevée et vendue comme servante dans le quartier des femmes du palais impérial ! Entouré de hauts murs, il est coupé du monde extérieur. Afin de survivre dans cette prison de luxe grouillant de complots et de basses manœuvres, la jeune fille tente de cacher ses connaissances pour se fondre dans la masse.

Mais, quand les morts suspectes de princes nouveau-nés mettent la cour en émoi, sa passion pour les poisons prend le dessus. Elle observe, enquête… et trouve la solution ! En voulant bien faire, la voilà repérée… Jinshi, haut fonctionnaire aussi beau que calculateur, devine son talent et la promeut goûteuse personnelle d’une des favorites de l’empereur. Au beau milieu de ce nid de serpents, le moindre faux pas peut lui être fatal !

Découvrez la face cachée du lieu le plus secret de la cité impériale ! Dans ce monde de femmes régi par les hommes, Mao Mao aura besoin de toute son intelligence et de tout son savoir pour démêler les intrigues de la cour… Avec son héroïne hors norme et ses décors magnifiques, ce manga événement adapté d’un roman à succès a tout pour plaire ! Et vous, aurez-vous le courage de goûter à ses délices ?

Avant toute chose, un grand merci aux Éditions Ki-oon pour cet envoi.

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Bienvenue dans le quartier des femmes en pleine cité impériale! Avec ce manga, le dépaysement est garanti. Nous suivons donc Mao Mao qui est une jeune femme qui travaillait dans le quartier des plaisirs et s’est faite enlever pour aller travailler dans le quartier des femmes. On découvre donc sa vie dans ce palais aux décors sublimes. Anciennement au service d’un apothicaire, Mao Mao va se démarquer et être promue.

J’ai adoré ce scénario qui est inspiré d’un roman de Natsu Hyuga qui a connu un vrai succès au Japon. Le premier volume pose parfaitement l’intrigue de fond et installe cette atmosphère si spécifique à ce manga. Ce tome un nous livre de beaux rebondissements et nous présente des personnages qui seront présents dans les futurs volumes. Des pointes d’humour jalonnent le récit ce qui rend l’ensemble d’autant plus agréable.

Mao Mao qui est le personnage principal est une protagoniste très intéressante. On la découvre ainsi qu’un pan de son passé. Cette jeune fille a un fort tempérament et a une intelligence d’une réelle finesse.  Très attachante, son caractère affirmé a su me séduire dès les premières pages.

L’esthétique est très caractéristique des mangas. Les personnages sont élancés. Leurs traits sont fins. Les yeux sont très expressifs. J’ai particulièrement apprécié le travail de l’illustrateur sur les cheveux, les détails des tenus et des décors. Le quartier des femmes de la cité impériale nous apparaît merveilleux. Bien que l’esthétique soit en noir et blanc, les illustrations ne nous laissent aucun doute sur la splendeur des lieux. J’ai également particulièrement apprécié les drapées des tenus. On découvre alors une multitude de tissus plus riches les uns que les autres.

Bref, Les Carnets de l’Apothicaire sont un véritable enchantement tant pour son récit que pour ses illustrations. C’est un dépaysement délicieux.

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bd·Mercredi BD

Violette Nozière, Vilaine Chérie

Violette Nozière, Vilaine Chérie de Eddy Simon et Camille Benyamina, Casterman, 96 pages
L’un des plus célèbres faits divers des années 30 revisité en bande dessinée. Un portrait saisissant et la découverte du talent graphique de Camille Benyamina.
Octobre 1934. Assise sur un banc, noyée dans un immense couloir du Palais de justice de Paris, Violette Nozière, 19 ans, toute de noir vêtue, a les yeux perdus dans le vide. Elle attend que son procès reprenne et songe à ce qui l’a conduit ici. Celle que l’on surnomme alors « l’empoisonneuse de la rue de Madagascar » ou la « parricide monstrueuse » laisse ses pensées remonter le temps…
Issue d’un milieu populaire, Violette rêvait d’une autre existence. Mais, rétive au travail comme aux études, elle préférera la vie facile. Prostitution, fêtes, mais aussi mensonges à répétition, manipulation et vol de ses propres parents, jusqu’au point de non-retour : elle finit par les empoisonner.

Je l’avoue, j’ai pris cette BD sans en lire le résumé, tout simplement parce que la couverture m’avait tapé dans l’œil. Et puis, j’avais tellement aimé Montagnes Russes de Camille Benyamina que je me suis dit que la probabilité d’être déçue était faible. 

Je me suis donc plongée dans cette lecture sans en connaître réellement  le propos. Grosso modo, je suis partie à l’aventure, la fleur au fusil, en espérant être surprise de mon choix. Dès les premières pages, le ton est donné. Nous voilà dans les années 30, Violette Nozière, une jeune femme, vit une vie dissolue. Courant les amants, mentant à ses parents, la jeune femme n’a pas froid aux yeux. Malgré la syphilis, elle continue à voguer de lit en lit. Mais lorsqu’elle tombe amoureuse, elle n’hésite devant rien pour satisfaire son amoureux. Elle ira même jusqu’à envisager le pire.

Eddy Simon nous narre donc l’histoire de cette terrible femme. Très vite, il nous montre la noirceur de sa personnalité, ainsi que son fonctionnement. Le lecteur se retrouve alors dans les coulisses de toutes ses combines. On voit l’envers du décor, le pourri sous le vernis. Savamment racontée, l’intrigue est addictive. L’ensemble monte en puissance au fil de la lecture, jusqu’au moment du procès. La fin a su me surprendre car Violette a beaucoup changé entre le début et la fin du récit.

Il faut dire que Violette Nozière est vraiment fascinante. Cette jeune femme au rouge à lèvres provocateur, attire les regards. Ses grands yeux séduisent quiconque la regarde et sa personnalité machiavélique a su prendre dans sa toile de nombreux hommes. Mais, suite à son procès, son comportement change. Elle gagne en humilité et en sagesse. Son évolution est impressionnante! 

La fin de la BD propose un dossier avec des photos du procès. J’ai trouvé que cela donnait une autre dimension au scénario. Tout à coup, tout devient réel, palpable. Elle se tient là devant nous, plus présente que jamais. Cet ajout est donc très pertinent.

D’un point de vue esthétique, j’avais été emballée par la couverture et le contenu ne m’a aucunement déçu. L’esthétique est sublime. Camille Benyamina transforme Violette en une créature envoûtante. L’ensemble nous apparaît dans des nuances sépias qui collent parfaitement avec les années 30. Il y a pleins de petits détails dans les vignettes. Le travail est soigné et poétique. Les choix esthétique de l’illustratrice permettent de créer une ambiance vraiment particulière.

J’ai donc vraiment apprécié cette incursion dans la vie de Violette Nozière. J’ai été séduite tant par le scénario que par l’esprit graphique de cette BD envoûtante.

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Cette semaine chez Moka.