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Fais pas ta gamine!

Fais pas ta gamine! Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini, Gulf Stream Editeur, 72 pages

Plus d’appareil dentaire, presque plus d’acné, des seins qui se décident enfin à pousser… Je ne suis pas encore aussi jolie que Solveig ou Chloé, mais au moins, je n’ai plus l’impression d’être un grand sac d’os. Léo aussi l’a remarqué, puisque ça y est, nous sommes ensemble ! Il ne se passe plus une journée sans que nous soyons collés l’un à l’autre. Après des années d’insignifiance absolue, je suis enfin « celle-qui-sait ». Évidemment, ça rend les copines super curieuses : Annabelle, il embrasse bien Léo ? Annabelle, vous avez été jusqu’où ? Ça me gêne un peu. Surtout, je ne sais pas trop quoi leur répondre. Léo a envie de plus, mais moi, de quoi ai-je vraiment envie ?

Les éditions Gulf Stream ont eu la gentillesse de m’envoyer le nouvel opus du duo Charlotte Bousquet- Stéphanie Rubini.

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Pour rappel, Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini ce sont notamment Bulles et Blues et Mots rumeurs, mots cutter

Nous retrouvons le collège que nous connaissons bien. Nous suivons Annabelle qui commence à fréquenter Léo. Mais ce dernier est un peu trop entreprenant et la jeune fille n’ose pas refuser. Elle se retrouve à devoir faire des choses qu’elle ne veut pas et ne sait pas comment le dire à Léo. Pourtant, elle essaie mais la réponse de Léo est simple ‘Fais pas ta gamine! » Le scénario pousse donc à réfléchir sur la question du consentement et l’acceptation des limites de chacun. Le sujet est sensible mais avec son histoire Charlotte Bousquet aborde le problème de façon simple afin de toucher le plus de monde possible. De plus, elle nous propose une fin positive qui démontre que cette situation n’est pas inextricable.

Le personnage d’Annabelle est clairement au centre de cette BD. Elle est une adolescente timide et peu sûre d’elle. Face à cette nouvelle histoire d’amour, Annabelle ne sait trop comment réagir, elle ne sais pas ce qui est normal ou pas. Et puis, finalement, elle s’émancipe et s’affirme au fil des pages.

D’un point de vue esthétique, Stéphanie Rubini nous livre des illustrations en toute délicatesse. J’aime particulièrement la façon dont elle utilise les couleurs. Les nuances sont douces et créent une atmosphère vraiment particulière. J’apprécie également ses dessins simples mais efficaces. La pâte de Stéphanie Rubini est d’ailleurs reconnaissable. Je l’avais déjà beaucoup aimé dans Hiver Indien et je continue à l’apprécier avec ce nouvel opus.

Avec Fais pas ta gamine! Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini signe une BD forte à mettre absolument entre toutes les mains et cela dès le collège.

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Les Carnets de l’Apothicaire

Les Carnets de l’Apothicaire, Volume 1 de Itsuki Nanao et Nekokurage, Ki-oon, 178 pages

À 17 ans, Mao Mao a une vie compliquée. Formée dès son jeune âge par un apothicaire du quartier des plaisirs, elle se retrouve enlevée et vendue comme servante dans le quartier des femmes du palais impérial ! Entouré de hauts murs, il est coupé du monde extérieur. Afin de survivre dans cette prison de luxe grouillant de complots et de basses manœuvres, la jeune fille tente de cacher ses connaissances pour se fondre dans la masse.

Mais, quand les morts suspectes de princes nouveau-nés mettent la cour en émoi, sa passion pour les poisons prend le dessus. Elle observe, enquête… et trouve la solution ! En voulant bien faire, la voilà repérée… Jinshi, haut fonctionnaire aussi beau que calculateur, devine son talent et la promeut goûteuse personnelle d’une des favorites de l’empereur. Au beau milieu de ce nid de serpents, le moindre faux pas peut lui être fatal !

Découvrez la face cachée du lieu le plus secret de la cité impériale ! Dans ce monde de femmes régi par les hommes, Mao Mao aura besoin de toute son intelligence et de tout son savoir pour démêler les intrigues de la cour… Avec son héroïne hors norme et ses décors magnifiques, ce manga événement adapté d’un roman à succès a tout pour plaire ! Et vous, aurez-vous le courage de goûter à ses délices ?

Avant toute chose, un grand merci aux Éditions Ki-oon pour cet envoi.

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Bienvenue dans le quartier des femmes en pleine cité impériale! Avec ce manga, le dépaysement est garanti. Nous suivons donc Mao Mao qui est une jeune femme qui travaillait dans le quartier des plaisirs et s’est faite enlever pour aller travailler dans le quartier des femmes. On découvre donc sa vie dans ce palais aux décors sublimes. Anciennement au service d’un apothicaire, Mao Mao va se démarquer et être promue.

J’ai adoré ce scénario qui est inspiré d’un roman de Natsu Hyuga qui a connu un vrai succès au Japon. Le premier volume pose parfaitement l’intrigue de fond et installe cette atmosphère si spécifique à ce manga. Ce tome un nous livre de beaux rebondissements et nous présente des personnages qui seront présents dans les futurs volumes. Des pointes d’humour jalonnent le récit ce qui rend l’ensemble d’autant plus agréable.

Mao Mao qui est le personnage principal est une protagoniste très intéressante. On la découvre ainsi qu’un pan de son passé. Cette jeune fille a un fort tempérament et a une intelligence d’une réelle finesse.  Très attachante, son caractère affirmé a su me séduire dès les premières pages.

L’esthétique est très caractéristique des mangas. Les personnages sont élancés. Leurs traits sont fins. Les yeux sont très expressifs. J’ai particulièrement apprécié le travail de l’illustrateur sur les cheveux, les détails des tenus et des décors. Le quartier des femmes de la cité impériale nous apparaît merveilleux. Bien que l’esthétique soit en noir et blanc, les illustrations ne nous laissent aucun doute sur la splendeur des lieux. J’ai également particulièrement apprécié les drapées des tenus. On découvre alors une multitude de tissus plus riches les uns que les autres.

Bref, Les Carnets de l’Apothicaire sont un véritable enchantement tant pour son récit que pour ses illustrations. C’est un dépaysement délicieux.

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bd·Mercredi BD

Violette Nozière, Vilaine Chérie

Violette Nozière, Vilaine Chérie de Eddy Simon et Camille Benyamina, Casterman, 96 pages
L’un des plus célèbres faits divers des années 30 revisité en bande dessinée. Un portrait saisissant et la découverte du talent graphique de Camille Benyamina.
Octobre 1934. Assise sur un banc, noyée dans un immense couloir du Palais de justice de Paris, Violette Nozière, 19 ans, toute de noir vêtue, a les yeux perdus dans le vide. Elle attend que son procès reprenne et songe à ce qui l’a conduit ici. Celle que l’on surnomme alors « l’empoisonneuse de la rue de Madagascar » ou la « parricide monstrueuse » laisse ses pensées remonter le temps…
Issue d’un milieu populaire, Violette rêvait d’une autre existence. Mais, rétive au travail comme aux études, elle préférera la vie facile. Prostitution, fêtes, mais aussi mensonges à répétition, manipulation et vol de ses propres parents, jusqu’au point de non-retour : elle finit par les empoisonner.

Je l’avoue, j’ai pris cette BD sans en lire le résumé, tout simplement parce que la couverture m’avait tapé dans l’œil. Et puis, j’avais tellement aimé Montagnes Russes de Camille Benyamina que je me suis dit que la probabilité d’être déçue était faible. 

Je me suis donc plongée dans cette lecture sans en connaître réellement  le propos. Grosso modo, je suis partie à l’aventure, la fleur au fusil, en espérant être surprise de mon choix. Dès les premières pages, le ton est donné. Nous voilà dans les années 30, Violette Nozière, une jeune femme, vit une vie dissolue. Courant les amants, mentant à ses parents, la jeune femme n’a pas froid aux yeux. Malgré la syphilis, elle continue à voguer de lit en lit. Mais lorsqu’elle tombe amoureuse, elle n’hésite devant rien pour satisfaire son amoureux. Elle ira même jusqu’à envisager le pire.

Eddy Simon nous narre donc l’histoire de cette terrible femme. Très vite, il nous montre la noirceur de sa personnalité, ainsi que son fonctionnement. Le lecteur se retrouve alors dans les coulisses de toutes ses combines. On voit l’envers du décor, le pourri sous le vernis. Savamment racontée, l’intrigue est addictive. L’ensemble monte en puissance au fil de la lecture, jusqu’au moment du procès. La fin a su me surprendre car Violette a beaucoup changé entre le début et la fin du récit.

Il faut dire que Violette Nozière est vraiment fascinante. Cette jeune femme au rouge à lèvres provocateur, attire les regards. Ses grands yeux séduisent quiconque la regarde et sa personnalité machiavélique a su prendre dans sa toile de nombreux hommes. Mais, suite à son procès, son comportement change. Elle gagne en humilité et en sagesse. Son évolution est impressionnante! 

La fin de la BD propose un dossier avec des photos du procès. J’ai trouvé que cela donnait une autre dimension au scénario. Tout à coup, tout devient réel, palpable. Elle se tient là devant nous, plus présente que jamais. Cet ajout est donc très pertinent.

D’un point de vue esthétique, j’avais été emballée par la couverture et le contenu ne m’a aucunement déçu. L’esthétique est sublime. Camille Benyamina transforme Violette en une créature envoûtante. L’ensemble nous apparaît dans des nuances sépias qui collent parfaitement avec les années 30. Il y a pleins de petits détails dans les vignettes. Le travail est soigné et poétique. Les choix esthétique de l’illustratrice permettent de créer une ambiance vraiment particulière.

J’ai donc vraiment apprécié cette incursion dans la vie de Violette Nozière. J’ai été séduite tant par le scénario que par l’esprit graphique de cette BD envoûtante.

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Cette semaine chez Moka.

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Irena

L’histoire vraie d’une héroïne oubliée

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connait, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie.

Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise, fut l’une des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Et pourtant elle est oubliée des livres d’Histoire… C’est en lisant par hasard un article sur elle que Jean-David Morvan a eu le déclic : sa vie devait être racontée. Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, il retrace sur cinq albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste. »

La série Irena qui est composée de cinq tomes, nous plonge tout droit dans les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Nous y découvrons une jeune femme, Irena Sendlerowa qui n’aura de cesse de se battre pour sauver des vies. Ainsi, grâce à son courage et sa force de caractère, Irena va faire sortir des enfants du ghetto de Varsovie. Résistante et profondément humaine, Irena est une véritable héroïne. Bien que n’étant pas citée dans les livres d’Histoire, elle est une figure majeure de cette période.

Jean- David Morvan et Stéphanie Tréfouël, ont eu la lourde tâche de raconter son histoire. Irena a eu une vie tellement riche, qu’il devait être compliqué d’en capter les moments clés. Pourtant, les deux scénaristes ont su narrer avec brio cette histoire très touchante. Tout ceci aurait pu très vite sombrer dans le sordide mais ce n’est pas le cas ici. L’ensemble est raconté avec beaucoup de pudeur. Irena est d’ailleurs la narratrice principale. Le scénario la présente comme une femme humble, sensible et pleine de pudeur. Il aurait donc été de mauvais goût de verser dans des démonstrations explicites de violence. Pourtant, cette dernière est bel et bien présente. Mais, elle est toujours sous- entendue, ce qui la rend d’autant plus insupportable car notre imagination a tôt fait de remplir les manques. 

Une telle histoire, se devait d’avoir une esthétique à la hauteur. Le challenge a été relevé par David Evrard et Walter Pezzali. Irena présente une esthétique qui pourrait s’apparenter à du dessin pour les plus jeunes. Les personnages ne revêtent pas de multiples détails et pourtant… Avec ce dessin en apparence simple, David Evrard colle parfaitement à l’idée de la pudeur. Il ne tombe pas dans un ultra réalisme qui pourrait vite paraître sordide. Au contraire, son esprit graphique traduit parfaitement l’indicible par des traits simples et clairs. À plusieurs reprises, des gros plans sont faits sur des regards qui se troublent. Là aussi, point de détails mais cela suffit à faire passer le message. Quant aux couleurs, elles évoluent selon l’époque, selon les lieux. Je suis très sensible au travail de la couleur. Ces dernières sont ici très tranchées mais traduisent parfaitement une atmosphère spécifique.

Irena est donc une série de BD émouvante, mettant en avant une héroïne de la guerre trop peu connue à mon goût.

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« J’ai tendance à croire qu’une personne qui est en danger doit être sauvée, peu importe sa religion ou sa nationalité. »

Cette semaine chez Stéphie.

La vidéo sera disponible à partir de 14h.

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Ballade pour Sophie

Ballade pour Sophie de Filipe Melo et Juan Cavia, Paquet, 320 pages

L’histoire de 2 pianistes pris dans les aléas historiques des années 1930 à 1970 en France. Deux personnes que tout oppose: l’un connaitra le succès et la gloire, l’autre restera à jamais obscur. Un roman graphique en hommage à la musique, par Filipe Melo, scénariste, réalisateur de films… et pianiste professionnel.

Il y a des hasards qui sont heureux. Je ne devais pas repartir avec cette BD, pas du tout. Elle était là sur le présentoir de ma médiathèque, m’attendant sagement. Elle m’a vu passé à de nombreuses reprises avant que je pose un regard sur elle. Et puis, tout à coup, je ne sais pas… Le titre, la couleur, le piano qui virevoltent, tout cela semblait m’appeler. Alors, sans même lire le résumé, Ballade pour Sophie a rejoint le reste de mes emprunts. Et puis, au bout de quelques jours, je me suis saisie de cet ouvrage et je l’ai dévoré. Dès les premières pages, je me suis sentie propulsée dans l’histoire. 

Nous voilà devant une grande maison, en compagnie d’une jeune fille rousse. Elle toque, on lui ouvre. Cette porte qui s’ouvre, c’est tout un univers qui s’offre à nous. Celui de Julien Dubois, un ancien pianiste prodige, une ancienne star de la musique, qui va se livrer à cette journaliste après des années de silence. Au rythme des interviews, le passé se découvre. L’enfance de Julien Dubois se déroule sous nos yeux, puis son adolescence, sa rivalité avec Frédéric Simon (un autre pianiste de renom), son succès et enfin sa descente aux enfers. 

Les évènements s’enchaînent et virevoltent devant nos yeux tels des notes de musique. Toute la symphonie d’une vie s’écrit. Le scénario est vraiment sublime. Je me suis complètement laissée emporter. Dès les premières planches, la magie a opéré. Prise dans ma lecture, les 320 pages ont défilé à une allure folle. Au-delà de tout cela, Melo Filipe nous livre des personnages d’une beauté qui m’a subjuguée. Julien Dubois, ce vieil homme malade, a eu mille vies en une seule. Sous ses airs bourrus et ses répliques parfois cinglantes, un homme sensible, amoureux et parfois pétri de remords apparaît peu à peu. Quant à la jeune journaliste, Sophie, elle est d’une sensibilité à fleur de peau et cache un secret que nous découvrirons à la fin du récit.

Juan Cavia quant à lui, nous livre un roman graphique d’une beauté époustouflante. Son trait fin et léger m’a envoûtée. Chaque vignette fourmille de détails. Les expressions de Julien Dubois sont vraiment réalistes. Les couleurs explosent sur certaines planches et s’assombrissent sur d’autres selon le propos. L’esthétique complète parfaitement le propos et crée un ensemble magnifique.

Ballade pour Sophie est un petit chef d’œuvre tant sur le point du scénario que celui de l’esthétique.

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