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Les 3 Fruits

Les 3 Fruits d’Oriol et Zidrou, Dargaud

Pour résumer:

Trois ans après le succès de La Peau de l’Ours, Zidrou et Oriol se retrouvent pour le conte Les 3 Fruits. Après 40 années de règne, le roi arrive au terme de sa vie. La peur de mourir devient son obsession. En échange de la vie éternelle, il promet sa fille à un mage démoniaque et devra manger la chair de son fils le plus valeureux… Zidrou joue avec les motifs traditionnels du conte (mise à l’épreuve des fils, répétition des séquences) pour nous offrir un voyage terrifiant, sublimé par les couleurs d’Oriol.

Ce que j’en pense:

C’est toujours un plaisir de découvrir un nouveau Zidrou et comme à chaque fois, c’est avec beaucoup d’excitation que je me suis plongée dans cette lecture.

Dans ce conte moderne, Zidrou nous narre l’histoire d’un roi qui a peur de mourir et n’hésitera pas à sacrifier sa fille et ses trois fils pour obtenir la vie éternelle. Le scénario est véritablement sublime. Toutes les caractéristiques du conte sont présentes dans cette BD. Le rythme du scénario se déroule lentement, et le temps semble prendre une autre dimension. L’histoire est prenante et jusqu’aux dernières planches, Zidrou arrive à nous surprendre.

Comme à chaque fois, le scénariste a su s’appuyer sur des personnages charismatiques. Ainsi, le roi fou, le mage terrifiant et la jeune fille innocente fascinent autant qu’ils terrifient.

Afin de raconter cette histoire aux allures oniriques, Zidrou collabore avec Oriol. Autant vous dire que l’esprit graphique renforce avec brio le scénario. L’ambiance est pesante presque glauque. Les corps sont allongés quasi squelettiques, les couleurs sont sombres mais sublimes. L’ensemble donne lieu à un univers qui semble sorti d’un rêve.

Bref:

Zidrou et Oriol dépoussière le conte tout en restant fidèle au genre.

Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

bd

Rien ne se passe jamais comme prévu

Rien ne se passe jamais comme prévu de Emma Tissier et Lucile Gorce, Dargaud

Pour résumer:

Elena et Gus forment un couple idéal. Il est ingénieur, elle travaille dans la « com « , il repasse à la perfection, elle bricole dans leur maison. À l’approche de la trentaine, ils décident de se lancer dans une nouvelle aventure commune : fonder une famille.

Seulement, rien ne se passe comme prévu et c’est finalement un parcours semé d’embûches qu’ils vont devoir traverser tant bien que mal. Doutes, petites joies, échecs et anecdotes rythment cette histoire presque banale, et pourtant très rarement racontée, d’un couple infertile pour lequel l’humour reste le meilleur remède !

Ce que j’en pense:

Alors j’avoue, j’ai pris ce roman graphique absolument au hasard dans ma médiathèque. Le titre et la couverture m’ont plu donc hop, j’ai embarqué l’ensemble sans trop réfléchir.

C’est donc sans savoir à quoi m’attendre que je me suis plongée dans ce roman graphique. D’emblée, l’esthétique m’a plu. Les traits sont fins et tout en courbes conférant un style féminin et léger à l’ensemble. Il y a une vraie sobriété dans les illustrations, très peu de décor et de couleurs.   Le travail sur les couleurs est d’ailleurs très intéressant car elles apparaissent par touches et traduisent une émotion que l’on peu décoder grâce à une roue des émotions qui se trouvent à la fin du livre.

Outre le graphisme qui vous l’aurez compris m’a séduit, il y a l’histoire. Nous découvrons donc Gus et Elena qui décident d’avoir un bébé mais ne se doutent pas une seule minute du parcours du combattant qui les attend. Je ne peux rester insensible à ce genre de scénario car l’histoire des personnages est semblable à celle que j’ai vécu avec mon conjoint pour avoir mes filles. Par moment, les similitudes étaient vraiment troublantes et tout au long de la lecture, j’ai revécu tout le panel d’émotions qui m’avait traversé à l’époque. Les tests, les prises de sang, les gens qui marchent sur des œufs pour ne pas vous blesser, les attentes interminables, les déceptions qui s’enchaînent, le traitement hormonal qui te fait souffrir physiquement et psychologiquement, la force du couple, le soutien des proches….J’ai tout revécu… Et forcément, durant ma lecture, l’émotion était intense. Néanmoins, la fin a fait retomber mon enthousiasme en quelques secondes. En effet, la scénariste propose de choisir la fin qui nous convient. Cela m’a donné l’impression que Lucile Gorce ne savait pas trop comment finir son histoire et qu’elle nous refilait gentiment le bébé. Dommage car j’aurai aimé avoir une vraie conclusion à ce scénario.

De plus, le récit est raconté en grande partie du point de vue de Elena et pas du tout du point de vue de Gus. Ce dernier est d’ailleurs peu présent. Hors, il a son rôle à jouer et j’aurai aimé voir aussi comment il vivait la situation. Ce genre de parcours est la plupart du temps une histoire de couple et je trouve dommage d’avoir laissé l’homme de côté. 

Bref:

Une lecture qui a su m’émouvoir mais dont la fin m’a déçue.

Si je devais le noter:

3-plumes

Un petit aperçu:

bd

Dans la tête de Sherlock Holmes

Dans la tête de Sherlock Holmes de Cyril Lieron et Benoît Dahan, Ankama

Pour résumer:

L‘affaire de la ligue des rouquins à peine conclue que son esprit tremble et vacille, annonçant le chaos cérébral. Est-ce la cocaïne ou l’ennui ? Plutôt que les banalités récurrentes du Times, ce sera un toc-toc à la porte qui proposera enfin à Sherlock Holmes un peu de distraction. Un peu ? Les premiers mots de l’individu hirsute ressuscitent le dandy assoupi. Écoutez donc : la veille au soir, le sept novembre 1890 sur Wentworth street, le docteur Fowler s’est perdu dehors en tenue de nuit avec en prime, une clavicule cassée. Le problème est qu’il ne se souvient pas dans quelles circonstances il s’est trouvé dans cet état. Le chausson féminin à son pied droit constituera-t-il un indice suffisant ? C’est sans compter sur l’éminent observateur qui, déjà en état de grâce, voit instinctivement ses neurones tourner à plein régime. En route pour une nouvelle enquête !!

Ce que j’en pense:

Sherlock Holmes est de retour pour une nouvelle enquête palpitante. Voici le grand détective qui prend vit dans une BD au scénario bien rythmé. 

Ce premier tome met en place l’enquête ainsi que ses tenants et ses aboutissants. On y voit Sherlock faire ce qu’il fait le mieux, réfléchir. Les amateurs du personnage ne pourront être que conquis selon moi car l’esprit de Conan Doyle est respecté.

Au- delà de l’histoire et du personnage, c’est l’esthétique qui marque surtout. L’ensemble est sublime. Il suffit de voir la couverture pour succomber. Les vignettes sont pleines de détails et on peut rester plusieurs minutes à regarder une page. C’est tout simplement magnifique. Les couleurs utilisées permettent de créer une véritable atmosphère qui colle parfaitement à l’époque où se déroule l’intrigue. De plus, j’ai vraiment apprécié la façon dont l’illustrateur a choisi de représenter le fil des pensées de Sherlock par un fil rouge qui se déroule tout au long de la lecture.

Bref:

Une lecture passionnante.

Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

bd·Mercredi BD

Vin, gloire et bonté

Vin, gloire et bonté de Bunisset et Liotti, Glénat

Pour résumer:

Annabelle est drôle, jolie, névrosée, très psychanalysée, et… en instance de divorce. Parisienne jusqu’au bout des ongles, elle est aussi journaliste pour un très gros hebdomadaire français. Alors qu’elle n’y connait absolument rien en matière de vin, son patron (qui est également son père) lui commande un dossier de 50 pages sur le vignoble bordelais. Ni une, ni deux, Annabelle fourgue ses deux ados à son ex-mari avant de se catapulter, valise sous le bras, sur le quai de la gare Montparnasse. Direction la capitale girondine : Bordeaux ! Au cours de son séjour (trois mois d’immersion totale dans le milieu viticole locale), rien ne lui sera épargné…

Ce que j’en pense:

Avec cette BD, nous voilà plongés dans le monde viticole. Peu connu du grand public, univers secret et qui fait rêver, le monde du vin lève un peu le voile.

Le lecteur va donc suivre Annabelle, une jeune journaliste qui est envoyée pour écrire un article sur le vin. Petit problème, elle n’y connaît strictement rien. Pour elle, le vin, c’est tout simplement du jus de raisin fermenté et son seul amour se porte sur le mojito. Néanmoins, elle n’a pas le choix, il faut qu’elle se rende en pleine immersion dans un grand domaine pour pouvoir écrire.

Le scénario de cette BD est tout simplement fascinant, j’ai tout simplement été transportée en plein vignoble et j’ai découvert comme Annabelle le monde du vin. Finalement, cette BD est un moment de la vie d’Annabelle, un peu comme un arrêt sur image. En plein divorce et en pleine prise de tête avec ses enfants, cet article va s’avérer être une bouffée d’air frais. Certes, la parisienne va avoir du mal à s’acclimater à la campagne mais c’est avec brio qu’elle saura tirer son épingle du jeu dans cet univers impitoyable. Certes, ses courbes généreuses n’y seront pas pour rien. Néanmoins, son intelligence et sa maîtrise de la langue de bois la servira à plusieurs occasions. L’histoire est donc divertissante, voire rafraîchissante. Certaines situations font sourire et Annabelle devient très vite attachante.

Quant à l’esthétique, j’ai été également séduite par ce trait en rondeur et délicat. Les paysages rendent justice aux vignobles bordelais et les niveaux de gris sont maîtrisés à la perfection.

Bref:

J’ai apprécié cette lecture.

Si je devais le noter:

3-plumes

Un petit aperçu:

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Cette semaine chez

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Gemma Bovery

Gemma Bovery de Posy Simmonds, Denoël

Pour résumer:

Le décor, le destin, le nom de l’héroïne vous rappellent quelque chose… c’est à dessein. Posy Simmonds donne à l’Emma Bovary de Flaubert une arrière-petite-fille en jean, baskets et lingerie fine. Personne ne sort indemne de cette satire, ni ces Anglais middle class assoiffés de grands crus et d’exotisme continental, ni cette petite bourgeoisie française aux manies insupportables.
Du désir de grandeur et de ses désillusions. De l’influence des régimes amaigrissants sur la fidélité conjugale. Splendeur et ridicules du désordre amoureux. Le grand Flaubert y retrouverait ses petits.

Ce que j’en pense:

Amoureux de la littérature, vous aurez sûrement reconnu dans ce titre un petit rappel d’un grand classique de la littérature française, Emma Bovary de Gustave Flaubert. Mon amour pour ce roman est tout simplement immense et c’est avec beaucoup de curiosité, que je me suis plongée dans la lecture de cette réécriture.

Alors…Je ne sais pas vraiment ce que j’attendais avec cette BD mais…la désillusion fut rude. Je ne vais pas tourner trente ans autour du pot et créer un suspens inutile, j’ai tout simplement détesté!

En ce qui concerne l’histoire, nous retrouvons Gemma une pauvre Donzelle qui se fait lourder par Patrick et se console dans les bras de Charlie. Ce dernier bonne pâte, est un divorcé dont l’ex femme lui mène la vie dure. D’emblée, rien que de vous résumer l’intrigue, mes poils se hérissent d’horreur. Je n’ai pas du tout accroché à l’histoire que j’ai trouvé ennuyeuse. Les personnages sont antipathiques. Charlie est un benêt qui se laisse manipuler par n’importe qui et Gemma est un véritable monstre d’égoïsme.

Je comprends bien que cette BD est une réécriture et que par conséquent, tout ne peut pas coller parfaitement (sinon ce n’est plus une réécriture). Ce qui m’a le plus dérangé dans tout cela je pense que c’est la forme plus que le fond. Les pages sont remplies d’écriture! La typographie est petite et serrée donnant un effet de densité à la page. Les dessins sont peu présents et ne font qu’agrémenter les pages. Rares sont les planches entières. Pourtant, l’esthétique que j’ai pu entrapercevoir me plaît bien. Les traits plutôt fins, les visages simples et les dégradés de gris auraient pu me séduire si ils n’étaient pas noyés parmi tout ce récit. Et si encore le récit était bien écrit! J’ai trouvé le style fade, brouillon et sans réel attrait.

Bref:

La mayonnaise n’a pas pris.

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Si je devais le noter:

Clairement, je ne mettrai aucune plume.

(Oui j’ai détesté à ce point là!)

Un petit aperçu:

bd·Mercredi BD

Les trois chiens

Les trois chiens de Daveti et Camelli, Sarbacane

Pour résumer:

La belle Pomeria, épouse docile, se désespère de voir son héritage dilapidé par son inconséquent mari, et se morfond de solitude dans sa masure isolée.

Un jour, elle croise un étranger, qui, contre ses bijoux, accepte de lui vendre trois chiens. Lorsqu’elle rentre, Senio, furieux de la perte des bijoux, s’en prend à elle — les trois chiens interviennent alors, grondant et écumant. Transfigurée par cette nouvelle force, Pomeria prend son indépendance et s’enfuit courir ses rêves. Mais Senio n’a pas dit son dernier mot, et la trace de son ancienne vie poursuit Pomeria…

Ce que j’en pense:

Se plonger dans Les trois chiens, c’est plonger dans un monde onirique. L’ambiance qui se dégage de cette BD et celle d’un conte mais d’un conte pour adulte. Le scénario met en scène Pomeria qui est une jeune femme amoureuse de Senio. Le lecteur aura tôt fait de comprendre que Senio profite de la belle. Mais Pomeria s’avère avoir un tempérament de feu. Contre l’avis de son fiancé, elle achète trois chiens et fuit le foyer. Je m’arrête ici car j’ai peur de trop en dire et j’espère en avoir dit assez pour vous donner envie de vous plonger dans cette histoire. Le scénario est effectivement très prenant et il a eu le mérite de me transporter dans un autre univers. Tout dans cette BD fait penser à un conte moderne et j’ai apprécié cette touche de modernité dans l’écriture.

Pomeria est clairement au centre de ce livre. Au départ très effacée, elle s’affirme au fur et à mesure des pages. Néanmoins, son cœur tendre lui jouera quelques tours. Toutefois, sa bravoure et son intelligence seront ses plus fidèles alliés. J’ai vraiment aimé ce personnage féminin fort qui ne s’en laisse pas voir. Pomeria trouve son pendant dans Senio qui, quant à lui, incarne la couardise et la fainéantise. Certains traits de son caractère m’ont fait penser à ceux d’un pervers narcissique. Bref, c’est le personnage qui attise la haine du lecteur.

D’un point de vue esthétique, l’ambiance de la BD est sombre. Les traits sont plutôt épais et nerveux. L’accent est mis sur les regards et les expressions des personnages plus que sur les décors. Le noir est dominant et il n’est relevé que par très peu de couleurs.

Bref:

Une lecture qui m’a transportée dans un autre univers.

Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

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Cette semaine chez Moka.

bd·Mercredi BD·Service Presse

Puisqu'il faut des hommes

Puisqu’il faut des hommes-Joseph de Pelaez et L. Pinel, Grand Angle

Pour résumer:

Parfois, il est des secrets qu’il vaut mieux taire.

1961 – Joseph revient d’Algérie. Pour les habitants du village, il n’est qu’un planqué qui officiait dans un bureau plutôt que sur les zones de combat, un lâche qui a esquivé les durs travaux de la ferme. Personne ne lui pardonne d’avoir abandonné sa famille, alors que son frère est cloué sur une chaise roulante, victime d’un accident de tracteur pendant son absence. D’enfant du pays, Joseph revient en paria. Heureusement, l’honneur du village est sauf : le fils du cafetier, lui, s’est battu en Algérie. Mais quand il revient à son tour de la guerre et révèle aux habitants le secret de Joseph, l’invraisemblable vérité éclate au grand jour.

Ce que j’en pense:

A son retour de la Guerre d’Algérie, Joseph n’est pas accueilli en héros. Traité de planqué par les habitants du village, méprisé par son père, il va tenter de se réapproprier sa vie. Mais comment faire quand on a vu les horreurs de la guerre? Comment faire lorsque l’amour que l’on avait dû quitter a refait sa vie? Comment faire lorsque durant son absence, son frère a eu un accident qui l’a cloué dans un fauteuil?

Cette BD au scénario au cordo, traite du stress post traumatique et du retour à la vie ordinaire lorsque l’on revient d’une telle épreuve. J’ai été très touchée par cette histoire, par la sensibilité et le mal être de Joseph. J’ai également été outrée par les réactions des proches et des gens du village qui jugent sans savoir. La violence morale et physique dont est victime Joseph est innommable.

Le personnage de Joseph est très mystérieux. Tout ce que nous savons de lui, c’est qu’il rentre de la Guerre. Le lecteur découvre le personnage à travers les propos et le regard des autres. D’après les dires, il serait donc fainéants, pédants et surtout un planqué et un pleutre. Mais que cache vraiment Joseph? Car très vite, on perçoit une blessure, une sensibilité à fleur de peau… Joseph est donc un personnage fort. Sa relation avec son père m’a particulièrement marquée car on sent une véritable rancœur. Finalement, le dénouement lèvera le voile sur le secret de Joseph, à vous de le découvrir.

D’un point de vue esthétique, j’ai trouvé l’ensemble vraiment très beau. Les traits sont fins et il y a pleins de détails dans le décor des vignettes. Les couleurs sont dans des tons sépias ce qui confère une certaine nostalgie à l’ensemble. Le graphisme utilisé dégage une ambiance qui colle parfaitement à l’époque où se déroule l’histoire et cela permet d’être complètement immergé.

Bref:

Une vraie belle BD.

Si je devais le noter:

5-plumes

Un petit aperçu:

Pour pouvoir feuilleter la BD c’est par ici!