Policier/ Thriller·Prix des Lectrices Elle 2020·Roman·Service Presse

Dans la gueule de l'ours

Dans la gueule de l’ours de James A.McLaughlin, Rue de l’échiquier

Pour résumer:

Criminel en cavale, Rice Moore trouve refuge dans une réserve des Appalaches, au fin fond de la Virginie. Employé comme garde forestier, il cherche à se faire oublier du puissant cartel de drogues mexicain qu’il a trahi. Mais la découverte de la carcasse d’un ours abattu vient chambouler son quotidien : s’agit-il d’un acte isolé ou d’un braconnage organisé ? L’affaire prend une tout autre tournure quand de nouveaux ours sont retrouvés morts. Alors que la police ouvre une enquête, Rice décide de faire équipe avec Sara Birkeland, une scientifique qui a occupé le poste de garde forestier avant lui. Ensemble, ils mettent au point un plan pour piéger les coupables. Un plan qui risque bien d’exposer le passé de Rice.

Ce que j’en pense:

Rice est un homme au passé trouble qui a décidé de s’éloigner de la société afin de se cacher des cartels mexicains. Malheureusement, le destin en décidera autrement. C’est un cadavre d’ours qui va le mettre en avant et mettre à mal sa couverture.

De prime abord, l’intrigue pourrait se montrer intéressante mais…Je n’ai pas du tout accroché. La lecture de ce roman s’est donc avérée pénible. J’ai trouvé l’histoire inintéressante et décousue. J’ai vraiment eu du mal à suivre et cela dès les premières pages.

Le personnage de Rice qui a pourtant réussi à m’intéresser au début du roman m’est très vite devenu antipathique. C’est donc avec beaucoup d’espoir que j’ai vu apparaître le personnage de Sara. Mais là aussi, le bas blesse et je n’ai pas accroché au personnage. L’auteur aura au moins eu le mérite de construire une vraie histoire personnelle à ses protagonistes. Néanmoins, cela ne suffit pas à leur donner une réelle épaisseur.

Le style de l’auteur est également particulier. Je n’ai pas particulièrement accroché à son écriture que j’ai parfois trouvé un peu alambiqué. En revanche, il faut avouer que James A.McLaughlin a le mérite d’avoir créer une véritable atmosphère. Cette dernière est presque étouffante avec l’omniprésence de la forêt. J’ai également trouvé original le fait de changer de typographie selon les moments du récit. Malheureusement, cela n’a pas suffit à me séduire et c’est véritablement avec soulagement que j’ai vu arriver la fin de ce roman.

Bref:

Un énorme flop!

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Si je devais le noter:

1-plume

Policier/ Thriller·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Une famille presque normale

Une famille presque normale de MT Edvardsson, Sonatine

Pour résumer:

Faites connaissance avec la famille Sandell. Le père, Adam, est un pasteur respecté dans la petite ville de Lund, en Suède. Sa femme, Ulrika est une brillante avocate. Leur fille, Stella, dix-neuf ans, s’apprête à quitter le foyer pour un road trip en Asie du Sud-Est. C’est une famille normale, une famille comme les autres. Et comme toutes les autres familles de la ville, les Sandell sont horrifiés quand un important homme d’affaires, Christopher Olsen est retrouvé assassiné. Ils le sont plus encore quand, quelques jours plus tard la police vient arrêter Stella. Comment pouvait-elle connaître Olsen, et quelles raisons auraient pu la pousser à le tuer ? Il ne peut s’agir que d’une erreur judiciaire.

Ce que j’en pense:

Fan du genre policier, vous allez être ravis ! Une famille presque normale regroupe toutes les caractéristiques d’un bon policier. Nous sommes donc plongés dans une histoire de famille. Le père est pasteur, la mère avocate et l’adolescente un peu beaucoup rebelle. Sous leurs apparences lisses et parfaites, la famille cache de profonds dysfonctionnements. Le vernis craque le jour où Stella la fille est emprisonnée pour meurtre.

Le récit se divise en trois parties. La première est racontée du point de vue du père. Celui-ci est sous le choc suite à l’arrestation de sa chère fille. Son récit fait des allers retours entre passé et présent, permettant aux lecteurs de mieux appréhender le profil de la famille. Très vite, on comprend qu’Adam vit dans un univers fantasmé où son but ultime est de sauver à tout prix les apparences. Tout le long de son récit, il crie haut et fort l’innocence de sa famille. Très vite, le personnage devient agaçant car on a l’impression qu’il vit avec des œillères.

La deuxième partie met en avant le point de vue de Stella. Cette dernière est en prison. Le lecteur assiste impuissant à son calvaire. Nous pénétrons dans son esprit et ses pensées les plus intimes. À travers son récit, on découvre un autre pan de la vie de famille. Les doutes qui germaient dans la partie une prennent racines plus profondément et l’innocence de Stella semble plus probable. La lumière commence à faire jour sur l’affaire. La tension est palpable et le suspens monte en puissance.

L’ultime partie se consacre à la mère. Cette dernière paraissait transparente tout au long du récit et soudain, elle apparaît en pleine lumière. Le lecteur découvre alors le dernier pan de la vie de cette famille qui s’avère tout sauf normale. Très vite, les difficultés relationnelles entre les membres de la famille sont mises en avant. On comprend également que la mère est la clé de tout. Depuis le départ, elle connaît le coupable. Sa partie se consacre au procès. La vérité nous est révélée petit à petit. Finalement, quelques pages avant la fin le coupable nous est dévoilé sans trop de surprise pour ma part. Mais…finalement, un ultime turn over dans les cinq dernières lignes fait tout basculer. Tout le roman prend une autre dimension et on referme le livre bouche bée par le machiavélisme de M.T Edvardsson.

Par son choix de narration, l’auteur crée un suspens soutenu. Le style est simple et efficace. C’est agréable à lire. La fin vient nous cueillir complètement, nous laissant pantois.

Bref:

Une lecture passionnante.

Si je devais le noter:

5-plumes

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Prix des Lectrices Elle 2020·Roman·Service Presse

Girl

Girl d’Edna O’Brien, Sabine Wespieser Editeur

Pour résumer:

Le nouveau roman d’Edna O’Brien laisse pantois. S’inspirant de l’histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en 2014, l’auteure irlandaise se glisse dans la peau d’une adolescente nigériane. Depuis l’irruption d’hommes en armes dans l’enceinte de l’école, on vit avec elle, comme en apnée, le rapt, la traversée de la jungle en camion, l’arrivée dans le camp, les mauvais traitements, et son mariage forcé à un djihadiste – avec pour corollaires le désarroi, la faim, la solitude et la terreur.
Le plus difficile commence pourtant quand la protagoniste de ce monologue halluciné parvient à s’évader, avec l’enfant qu’elle a eue en captivité. Celle qui, à sa toute petite fille, fera un soir dans la forêt un aveu déchirant – « Je ne suis pas assez grande pour être ta mère » – finira bien, après des jours de marche, par retrouver les siens. Et comprendre que rien ne sera jamais plus comme avant : dans leur regard, elle est devenue une « femme du bush », coupable d’avoir souillé le sang de la communauté.

Ce que j’en pense:

Avec Girl, Edna O’Brien nous livre l’histoire d’une jeune fille enlevée par les hommes de Boko Haram. Tout commence paisiblement, mais cette atmosphère calme ne durera que quelques pages. D’un coup, tout bascule… Le réveil dans les cris, la violence, la noirceur, la haine, les mauvais traitements, la saleté, les viols…comment mettre des mots sur l’indicible ?

Edna O’Brien y parvient pourtant sans pour autant tomber dans le mélodrame. Dès le début, le lecteur est happé par cette écriture. La jeune adolescente nigérienne nous livre toutes ses peurs et ses angoisses et nous les recevons impuissant. Le lecteur assiste au pire et vit la fuite de l’héroïne comme sa propre fuite. Mais Boko Haram est partout et sa salissure marquera de façon indélébile la jeune femme innocente. Alors que nous pensons que le pire est derrière elle, on découvre que la reconstruction sera difficile. On pourrait penser que la majorité du roman traite de la façon dont l’adolescente vivait dans le camp où elle était retenue mais ce n’est pas le cas. En effet, ce sont la fuite et le retour à la vraie vie qui prennent le plus de place. Le lecteur se doute forcément de tout ce qu’elle a pu subir dans le camp mais il découvre très vite que le regard des gens est le plus dur à affronter.

Ce récit est d’une force incroyable. Il prend aux tripes et ne peut laisser personne indifférent. L’auteure adopte un ton qui sonne juste. Elle ne verse pas dans la sensiblerie. Les choses sont décrites mais sont empruntes d’une certaine pudeur. L’écriture est délicate et c’est un vrai plaisir.

Bref:

Une lecture coup de poing.

Si je devais le noter:

5-plumes

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Prix des Lectrices Elle 2020·Roman·Service Presse

Rien n'est noir

Rien n’est noir deClaire Berest, Stock

Pour résumer:

« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.
Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.»

Ce que j’en pense:

Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine, est mise à nue dans ce roman. Le lecteur se retrouve plongé dans la vie de cette jeune femme à la vie mouvementée et passionnante. Tout commence par un accident, celui qui marquera sa vie entière. Frida se réveille avec la colonne brisée. Alors que tout le monde pense qu’elle ne marchera plus jamais, elle se relève la tête haute et se lance dans la peinture. Ce simple fait, montre à quel point Frida peut se montrer déterminer. Très vite, elle rencontre Diego Rivera qu’elle va épouser et qui sera l’amour de sa vie. Le roman raconte la carrière de la peintre mais aussi son histoire d’amour tumultueuse.

J’avais déjà entendu parler de cette artiste, mais j’avoue que je ne connaissais rien d’elle. À travers ce roman, j’ai découvert la femme derrière la peinture. J’ai découvert le courage, l’abnégation, la souffrance physique de ce personnage au fort caractère. L’auteure nous narre une vie mais ne se montre jamais intrusive. On entre dans l’intimité de l’artiste sans devenir voyeuriste. Et pourtant, certains passages nous montrent la peintre dans des situations délicates (comme sa fausse couche par exemple). J’ai apprécié ce style simple et efficace. Il y a une délicatesse dans l’écriture de Claire Berest qui confère aux mots un pouvoir envoûtant. Tout au long du récit, on sent le respect de l’auteure pour l’artiste.

Enfin, comment ne pas être touché par Frida et son histoire. J’ai aimé la voir évoluer dans sa peinture. Malheureusement, plus sa peinture est stupéfiante, plus sa vie est triste. L’artiste semble sans cesse étonnée par l’intérêt que lui porte les gens. Malgré certaines extravagances extérieures, Frida est montrée comme une femme qui a su rester simple et humaine.

Jusqu’au bout, Claire Berest nous guide dans la vie de cette peintre hors norme. Jusqu’aux derniers instants, la magie opère. Les dernières pages m’ont laissé une petite boule d’émotion dans la gorge et quelques larmes aux coins des yeux. Alors, pour faire vivre plus longtemps la grande Frida Kahlo, j’ai ouvert mon moteur de recherche et j’ai admiré ses peintures. Chacune d’elle décrivait un moment de sa vie et c’est ainsi que Frida devint éternelle.

Bref:

Un véritable coup de cœur.

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Si je devais le noter:

5-plumes

Policier/ Thriller·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Sous les eaux noires

Sous les eaux noires de Lori Roy, Les éditions du Masque

Pour résumer:

Lorsque, à la fin du lycée, Lane Fielding a fui Waddell, sa ville natale au fin fond de la Floride, pour l’anonymat de New York, elle s’est juré de ne jamais y revenir. Pourtant, vingt ans plus tard, fraîchement divorcée et mère de deux filles, elle se retrouve contrainte de retourner vivre chez ses parents, sur la plantation historique de la famille. Un lieu hanté par le passé et les crimes sinistres de son père, ancien directeur d’une maison de correction.
La disparition de sa fille aînée vient confirmer la malédiction qui pèse sur cette ville. D’autant que dix jours plus tard, une étudiante se volatilise à son tour. Lane, désespérée, entreprend alors de faire tomber les masques autour d’elle pour découvrir si quelqu’un n’a pas enlevé sa fille afin de se venger des crimes de son père.

Ce que j’en pense:

Lane revient dans le village de sa jeunesse après son divorce. Malgré les regards de travers, elle tente de reconstruire sa vie en oubliant son passé. Mais c’est chose difficile lorsque tout le monde lui rappelle sans cesse ce que son père a fait.

Avec Sous les eaux noires, Lori Roy nous livre un récit palpitant où présent et passé se mêlent. Les rebondissements s’enchaînent à bon rythme et des révélations sont faites tout au long de la lecture, alimentant la curiosité et la stupéfaction du lecteur. L’histoire est prenante. Personnellement, j’ai de suite accroché avec cette disparition de jeune fille qui fait écho au passé de sa propre mère. L’enquête avance tranquillement, un peu trop pour moi peut être. En effet, habituée au thriller musclé, j’ai trouvé que ce polar était une promenade de santé. J’aurai apprécié un rythme un tout petit peu plus soutenu. Néanmoins, Lori Roy a le mérite de nous livrer une intrigue maîtrisée. L’auteure tient son lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.

Les personnages du roman sont facilement identifiables mais remplis de mystère. Lane est l’élément central, le pivot de toute la structure du roman. Sans elle, il n’y aurait point d’histoire. Elle est le levier entre le passé et le présent et alors qu’elle recherche sa propre fille, c’est son passé qui se rappelle à elle. Apparaissant quelque peu paumée, elle s’avère d’une rare intelligence et campe finalement une femme forte à l’esprit vif. Bref, elle incarne une héroïne à la fois forte et sensible, une femme qui doit jongler entre son travail et ses enfants tout en assumant les regards que l’on peut jeter sur elle.

L’auteure prend le parti de changer de point de vue à chaque chapitre. En effet, le lecteur découvre les pensées d’un personnage différent à chaque fois. Ainsi, le récit se complète de façon intelligente sans pour autant créer de lassitude. Les différents éclairages de la disparition de Annalee sont donc observés par le lecteur sous toutes les coutures, lui permettant ainsi d’avancer dans l’enquête. Le style simple et efficace de l’auteure est très agréable. J’ai également aimé son ton juste. Elle aurait pu tomber dans le pathos lors de certains passages mais ce n’est pas le cas. 

Bref:

Sous les eaux noires est un polar agréable dont l’intrigue est bien construite et qui sait nous surprendre.

Si je devais le noter:

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