Documentaire·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Le courage des autres

Le courage des autres d’Hugo Boris, Grasset

Pour résumer:

Hugo Boris vient de passer sa ceinture noire de karaté lorsqu’il fait face à une altercation dans le RER. Sidéré, incapable d’intervenir, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. L’épisode révèle une peur profonde, mélange d’impuissance et de timidité au quotidien. Trait de caractère personnel ou difficulté universelle à affronter l’autre en société ? Ce manque de courage l’obsède. Sa femme lui suggère de «  se faire casser la gueule une bonne fois pour toutes  » pour l’exorciser.
 
Mais Hugo Boris est écrivain, alors, pendant quinze ans, il consigne sur le vif ces situations d’effroi dans les transports en commun. Il peint aussi le ravissement d’une rencontre, l’humanité d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. À travers ces miscellanées heureuses ou tragiques, il décrypte une mythologie contemporaine, celle du métro et du RER, et cherche à appréhender ses craintes, à la maîtriser par la distance, la littérature ou… la lecture de Dragon Magazine  !
 
Il tente aussi de conjurer sa peur en guettant le courage des autres sous toutes ses formes, profondément admiratif de tous ceux qui parviennent à intervenir lorsqu’une situation les interpelle, les sollicite, exige une prise de parole, un geste. Il dessine un hommage à tous ceux qu’il a vu avoir, sous ses yeux, le cran qui lui manquait. Et se demande si le courage est contagieux.

Ce que j’en pense:

Avec ce document, Hugo Boris se fait spectateur de la vie du métro. Il observe les gens, leurs attitudes et leurs réactions. Au départ de cette observation, un événement de la vie de l’auteur. Alors qu’il vient de passer sa ceinture noire de karaté, il se retrouve impuissant face à une agression dans le métro. Il se questionne alors. Pourquoi n’est-il pas intervenu ? Il en a pourtant les capacités physiques ? C’est ce questionnement qui le poussera à observer les gens du métro et surtout les gens qui interviennent.

À travers plusieurs anecdotes, il explore le courage des autres. Le courage de cet homme qui déclare être homosexuel tout haut parce que un autre se fait agresser. Le courage de cette vieille dame qui montre son tatouage de déportée à une foule de gens en colère. Le courage de cette femme anonyme qui intervient pour protéger un homme qui se fait agresser verbalement et tant d’autres qui par leurs mots, leurs gestes prennent la défense des victimes.

Chaque chapitre nous raconte une histoire, nous narre un acte d’héroïsme du quotidien. Ces actes nous questionnent. Aurions-nous fait pareil ? Aurions-nous eu le courage ?

La plume d’Hugo Boris trace de multiples portraits aussi attachants les uns que les autres. Son écriture est très agréable. La simplicité des mots utilisés rend les actes de ces inconnus encore plus forts.

Ce document est une vraie leçon de vie à mettre entre toutes les mains.

Bref:

Une lecture qui fait réfléchir.

Si je devais le noter:

4-plumes

Documentaire·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Le Consentement

Le Consentement de Vanessa Springora, Grasset

Pour résumer:

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Ce que j’en pense:

Je l’avoue, je ne suis pas fan des documents. Ce n’est vraiment pas ce que je préfère. Et pourtant, avec Le Consentement, Vanessa Springora fait mouche. Dès les premières lignes, je me suis sentie complètement transportée. D’emblée j’ai accroché avec le personnage principal. Au fur et à mesure de la lecture, l’intensité dramatique augmente, créant une tension presque palpable. J’ai littéralement dévoré ce document et j’ai retenu tout le long de ma lecture mon souffle. L’histoire de V qui tombe amoureuse de G, un homme de 50 ans et se laisse peu à peu emprisonner dans un cercle vicieux m’a bouleversée. Et que penser lorsque l’on sait que tout cela est une histoire vraie ?

Lire Le Consentement, c’est également accepter de passer par une palette infinie de sentiments. Ce livre est rempli d’émotions fortes allant de la tristesse à la profonde colère. J’ai d’ailleurs encore du mal à comprendre comment les gens ont pu laisser faire une chose pareille. Car cette relation n’avait rien de secret. Elle se passait au vue du monde entier. Mais comment s’élever face au grand intellectuel qu’est G ?

Le document est partagé en différentes parties qui représentent les différents moments de cette relation toxique. Jusqu’au bout, on se demande comment V va se reconstruire. On a envie de l’épauler et de lui dire que ce n’est pas de sa faute, qu’elle était jeune et influençable. En effet, la culpabilité, l’acceptation du statut de victime, la reconstruction sont des parties majeures de ce document. Il montre le pouvoir destructeur que peut avoir un être sur un autre.

De plus, Vanessa Springora use d’un style très agréable. Elle raconte avec des mots simples son histoire. Il y a une certaine pudeur dans ses mots. J’ai vraiment apprécié cette écriture qui se livre en toute humilité.

A sa sortie, ce document a fait l’effet d’une bombe. Dévoilant un secret de polichinelle, Vanessa Springora se livre sans détour pour que plus personne ne ferme les yeux sur ces actes odieux.

Bref:

J’ai pris une vraie claque.

giphy

Si je devais le noter:

5-plumes

Documentaire·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Les faire taire

Les faire taire de Ronan Farrow, Calmann Levy

Pour résumer:

En 2017, une simple enquête pour la chaîne de télévision NBC mène Ronan Farrow à une histoire dont on n’ose parler qu’à voix basse : un des producteurs les plus puissants de Hollywood serait un prédateur sexuel, protégé car il règne par la terreur et l’argent. Ainsi démarre l’affaire Harvey Weinstein.

Alors que Ronan Farrow se rapproche de la vérité, des hommes de l’ombre issus de prestigieux cabinets d’avocats et de cellules d’espions montent une campagne d’intimidation, menacent sa carrière, le traquent sans relâche et instrumentalisent son passé familial. Au même moment, il est confronté au sein de sa chaîne à un degré de résistance incroyable, mais il a enclenché le mouvement : partout dans le monde des femmes se lèvent pour témoigner.

Les faire taire c’est la voix de ces femmes qui ont tout risqué pour dire la vérité. Impressionnant travail d’investigation se lisant comme un thriller, Les faire taire nous invite dans les coulisses d’une enquête qui secoue notre époque.

Ce que j’en pense:

À l’heure du #balancetonporc ce document sonne haut et fort. Alors que Ronan Farrow lutte pour découvrir la vérité, il va se retrouver confronter à des forces dont il n’imaginait pas l’existence. Tout commence avec une idée d’article suite à des propos tenus par l’actrice Rose Mc Gowan sur Harvey Weinstein. Ronan décide de faire éclater la vérité au grand jour mais qui aurait cru que cela puisse être aussi difficile ? Très vite, les femmes pouvant  témoigner vont subir des pressions et des menaces. Puis, ce sera Ronan Farrow qui sera victime de ces mêmes manœuvres. J’ai été très vite impressionnée par toutes les pressions dont il a pu être victime. Il faut dire que ses ennemis n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère pour lui mettre des bâtons dans les roues. Mails, coups de téléphone, espionnage, rien ne sera épargné à Ronan Farrow. Ce document est donc la preuve de la force des puissants. En effet, ce livre est la preuve qu’avec de l’argent tout est possible. Harvey Weinstein n’est d’ailleurs pas le seul à être cité dans ce document, les noms sont nombreux, trop nombreux… C’est un morceau de bravoure que d’avoir réussi a publié un tel livre car non comptant d’avoir le courage de le mener à bien, il fallait aussi trouver une maison d’édition assez courageuse pour l’imprimer et le diffuser. Lorsque l’on constate toutes les épreuves et menaces dont tous ces gens ont été victimes, on se dit que c’est presque un miracle que ce roman se retrouve entre nos mains.

Peu de personnes resteront insensibles à tous les faits qui nous sont énumérés dans ce document. De mon côté et d’un point de vue stylistique, j’ai trouvé que l’écriture de ce document était très journalistique. Il y a énormément d’informations, énormément de protagonistes et j’ai parfois eu du mal à me repérer parmi eux. J’ai souvent eu la sensation de lire une énumération de faits et cela m’a un peu dérangée.

Bref:

Une lecture intéressante mais mitigée.

Si je devais le noter:

2 plumes

Documentaire·Prix des Lectrices Elle 2020·Service Presse

Honoré et moi

Honoré et moi de Titiou Lecoq, L’Iconoclaste

Pour résumer:

Tout le monde connaît Balzac, mais bien souvent son nom reste associé aux bancs de l’école. Avec la drôlerie qu’on lui connait, Titiou Lecoq décape le personnage. Elle en fait un homme d’aujourd’hui, obsédé par l’argent, le succès, l’amour, dans un monde où le paraître l’emporte sur le reste. Sous sa plume, ce géant de la littérature devient plus vivant que jamais.

Ce que j’en pense:

Qui ne connaît pas au moins de nom Honoré Balzac? Ce grand écrivain français est connu pour ses nombreux succès. Mais, comme tout être célèbre il a aussi son côté sombre, son petit défaut qui fait que derrière l’homme admiré et adulé se cache l’homme avec tout son vice.

Quel était le vice de Balzac? Très vite, Titiou Lecoq qui plonge à corps perdu dans la vie de l’auteur va découvrir que Monsieur Honoré Balzac est un dépensier à outrance. L’argent sera le nerf de sa guerre. Dépenser, dépenser, dépenser! S’acheter des belles choses, se couvrir de tissus précieux, voilà ce qu’aime Balzac. Il n’hésitera pas à courtiser pendant de nombreuses années cette femme riche mais mariée, attendant patiemment que le mari passe l’arme à gauche. Il faut dire que l’image de l’auteur en prend un coup et lui que j’imaginais romancé apparaît véritablement sous un autre jour.

J’ai apprécié découvrir l’envers du décor et rentrer dans l’intimité de l’écrivain. Cela a été largement facilité par la plume de Titiou Lecoq. En effet, cette dernière utilise un ton simple, clair et lèger. L’auteure manie l’humour avec brio et j’avoue avoir beaucoup apprécié son écriture qui s’avère être un vrai vent de fraîcheur.

Bref:

Une lecture intéressante.

Si je devais le noter:

3-plumes