Campagne

Campagne (7)

Le lendemain matin, Tim se leva avec une énorme gueule de bois. Il se servit donc une bonne aspirine en guise de petit déjeuner ainsi qu’un grand verre d’eau. La chaleur étouffante de la maison le fit filer sous la douche rapidement. Alors qu’il enfilait son short, il entendit toquer à la porte de façon discrète. Le jeune homme dévala les escaliers, manquant tomber à plusieurs reprises. Quelle ne fut pas sa surprise en trouvant Will derrière sa porte.

« – Je apporte kit anti crevaison !

– Dites donc, on peut dire que vous êtes efficace vous!

Tim laissa entrer Will et le fit s’installer à la table de la cuisine. Il lui proposa un café que Will déclina poliment. Le vieil homme semblait inspecter la maison de ses petits yeux curieux.

– C’est la première fois que je rentre chez Jules… Il me manque un peu sometimes. Sa mort…a été si….so…you know…

Tim hocha la tête d’un air entendu mais en réalité, il ne savait rien de ce qui concernait la mort de Jules. Cependant, les multiples références à une tragédie commençait à le faire sérieusement s’interroger. Will caressa le matou qui traînait dans la cuisine et amena Tim a une superbe voiture de collection. Ce dernier fit plusieurs fois le tour de la voiture, n’osant monter à l’intérieur de peur d’abîmer ce petit bijou. Néanmoins, l’anglais l’encouragea d’un geste de la main et c’est ainsi que Tim, tout fraîchement arrivé de Paris se mit à discuter avec Will fraîchement arrivé de Londres.

– J’ai fuit les brouillards de Londres avec ma femme, expliqua t’il en passant les vitesses de son petit bijou moteur. Je travaillais dans les assurances. Ma femme quant à elle était pédiatre dans un grand hôpital. Un jour, nous sommes venus en vacances dans la région et hip! Ni une ni quatre, nous movions ici!

Tim écoutait l’accent chantant de Will. Son usage très personnel des expressions françaises le faisait sourire.

– Aujourd’hui, je fuis ma femme qui essaie désespérément de me faire planter un potager! Damn vegetables! And you? Pourquoi es-tu ici?

– Problème de boulot…Besoin d’air…

Tim resta évasif. Il préférait nettement ne pas raconter sa vie aux gens. Il était du genre a adoré savoir pleins de choses sur les autres mais il se livrait rarement. Un silence s’était installé. Will avait bien compris que Tim ne désirait pas en dire plus et cela avait jeté un froid. Tim se perdit donc dans la contemplation du paysage qui s’offrait à perte de vue. Lorsqu’il aperçut au loin sa vieille voiture, il la montra à Will d’un geste fébrile. Les deux hommes se garèrent sur le bas côté et commencèrent à s’occuper de la roue crevée. Tout en s’évertuant à utiliser le kit, Tim lança:

– En tout cas, il n’y a pas à dire, dans ce village, vous êtes plus qu’accueillants, ça me change de Paris! Là bas, j’ai dû croiser mon voisin deux fois en 5 ans. Ici, Madeleine et Rissou m’ont ouvert grand les bras! C’est rare des gens comme ça.

– Madeleine et Rissou sont exceptionnels! Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Le décès de leur fille les affecte énormément…Je pense que c’est bon, tu vas pouvoir rouler!

Will tapota l’épaule de Tim et se dirigea vers sa propre voiture. Le jeune homme était intrigué par les propos de l’anglais.

– Ils avaient une fille?

Will, qui était déjà installé dans sa voiture, lança à Will à travers la vitre ouverte: « Little boy, si tu veux en savoir plus sur les autres, il faut que tu apprennes à en dire plus sur toi. » Et sur cette phrase, il démarra et laissa Tim les bras ballant dans un nuage de poussière.

écriture·Campagne

Campagne (4)

4.

Tim fut réveillé par le chant du coq du voisin. Habituellement, c’était le camion poubelle qui lui servait de réveil mais visiblement ici, point de ça. Le soleil perçait à travers les volets clos et une douce chaleur lui caressait le visage. Il sentit une masse collée à ses jambes et se pétrifia. Qu’est ce que c’était ? Un loup ? Un raton laveur ? La chose qui avait envahit son lit et son espace vital semblait énorme… Il se releva doucement en essayant de ne pas trop bouger et ce qu’il aperçut le surpris. Un gros chat était lové contre lui. Maintenant qu’il y faisait attention, il l’entendait ronronner. Le chat releva la tête et ouvrit lentement ses yeux. Il regarda quelques secondes Tim et miaula bruyamment.

Un tambourinement se fit entendre en bas. Tim se leva, enfila rapidement un tee-shirt et descendit. Le chat le suivit, manquant le faire tomber dans les escaliers. En ouvrant la porte, il vit Maurice accompagné d’un autre homme.

-Alors p’tit gars, bien dormi ?

Le jeune homme passa sa main dans ses cheveux emmêlés.

-Je te présente Gabi ! Il va nous aider à tracter ta voiture jusqu’ici.

-Oh ! C’est… gentil.

-Nous les Glaxois on est solidaire. Si y en a un qui est dans la panade, on vient l’aider !

Tim n’en revenait pas ! Il connaissait à peine Maurice que ce dernier lui apportait son aide. D’abord le tracteur, puis le repas et maintenant sa voiture. À Paris, le voisin de Tim refusait systématiquement de réceptionner ses colis ou encore de lui donner un œuf.

-Ça te change hein ! Le parigot ! lança Gabi.

-On en a déjà parlé Gabi ! Pas de ça ! le réprimanda Rissou.

Gabi lança un regard mauvais à Timothée et se dirigea vers une voiture garée sur la petite place en pestant à voix basse.

-Faut l’excuser. Gabi n’aime pas trop les parisiens. À ce qu’il paraît que sa fiancée s’est tirée avec un parigot, alors depuis, il voue une haine sans nom à toutes les personnes venant de la capitale.

Le chat était entrain de se frotter aux jambes de Tim en miaulant.

-Tiens ! s’exclama Rissou, mais c’est Staline !

-Staline ?

-Oui, le Jules il était communiste alors…

-C’est le chat de l’ancien propriétaire ? interrogea Tim en prenant le félin dans ses bras.

-Oui ! Jules n’aimait pas grand monde mais son chat, c’était tout pour lui. Quand il est mort, le village s’est mis à le nourrir mais il revient toujours à cette maison. On dirait qu’il t’a adopté.

-Dites Rissou, il est mort de quoi Jules ?

-À ce qu’il paraît qu’on l’a retrouvé sur la chaise de sa cuisine. Il se serait escané avec un bout de saucisson…

Tim arrêta de caresser le chat.

-Allez p’tit gars, va enfiler un pantalon ! dit Maurice en jetant un regard entendu sur le caleçon de Timothée.

Ce dernier se précipita dans la maison et enfila son jean qui traînait sur le canapé. Ensuite, il sortit en trombe et rejoignit Maurice et Gabi qui l’attendaient adossés à une voiture. Les trois hommes s’installèrent. Gabi fit vrombir le moteur fièrement et s’engagea sur le chemin. L’air était chaud pour une matinée. Tim était assis à l’arrière comme un gosse. Les hommes avaient ouvert les vitres et l’air s’engouffrait dans l’habitacle. Durant le trajet, personne ne dit un mot. Gabi conduisait, Maurice regardait le paysage et Timothée ne savait pas trop quoi penser de la situation. Tout à coup, il aperçut sa voiture et la désigna d’un doigt fébrile aux deux hommes. Gabi maugréa un truc du genre « Comme si on était aveugle… » mais un regard de Rissou le fit se murer dans le silence.

La citadine de Tim était là intacte sur le bord de la route. Les trois hommes se mirent alors au travail pour accrocher la barre de tractage et bientôt ils se retrouvèrent sur la route du retour. Gabi laissa la voiture sur la petite place et après avoir fait un geste vague de la main, il disparut, laissant Tim et Maurice. Le jeune parisien ouvrit le coffre et couva ses affaires d’un air amoureux. Toute sa vie tenait dans cette simple voiture. Il commença à se saisir d’un carton et vit Rissou faire de même.

-Je vais t’aider petit gars, dans quelques heures il va faire un soleil de plomb alors le plus tôt tu auras débarrassé tes affaires, le plus tôt tu pourras te mettre au frais.

-Merci Maurice mais ce n’est pas nécessaire. Répliqua un Tim gêné.

-Tut tut tut ! Je t’aide point barre !

Ils se dirigèrent vers la maison et en quelques minutes tous les cartons se retrouvèrent dans le salon de Tim.

-Je n’ai jamais vu autant d’écran ! s’exclama Maurice.

-Ah bon ? Pourtant, je pense être dans la moyenne. J’ai deux télés, une tablette et un ordinateur portable. Énuméra Tim.

-Ça fait beaucoup pour un seul homme ! Je crois que tout le village réunit, on n’a pas autant d’écran ! ajouta Rissou en se grattant la tête d’un air perplexe.

-Comment ça ? Vous n’avez pas de télé ?

-Et bien les deux seuls bâtiments à avoir une prise télé sont l’épicerie et la Mairie. Dit le quinquagénaire en réfléchissant.

Tim était devenu tout pâle. Lui qui se faisait un plaisir de brancher enfin sa télévision ! Heureusement, pas besoin d’antenne pour jouer aux jeux vidéos. Mais n’ayant pas internet, il ne pourrait pas jouer en ligne ! Tim sentit une bouffée d’angoisse !

-Mais, mais vous faites comment pour vous tenir au courant des nouvelles de l’extérieur ? Et pour vous distraire ?

-Et ben, on lit le journal, on va regarder la télé dans la salle commune de la Mairie, on joue à la pétanque, on lit… Il y a de quoi faire tu sais.

Maurice regardait le jeune homme visiblement en proie à un fort désarroi.

-Dis petit, tu me proposerais pas un verre d’eau par hasard ?

Tim sembla sortir de sa torpeur. Un instant, il semblait avoir quitté son corps, étourdi par autant de mauvaises nouvelles.

-Euh, oui, allez y, asseyez- vous. Dit-il en tirant une chaise à Rissou.

-Non, pas ici…

Timothée regarda Maurice d’un air interrogateur et puis il comprit.

écriture·Campagne

Campagne (3)

Épisode 1

Épisode 2

3.

Tim se retrouvait donc tout seul dans ce vaste espace à moitié vide. Il balaya du regard la pièce et essaya d’imaginer mentalement où il allait poser ses très chères affaires. Sa voiture se trouvait à quelques kilomètres de là et il n’avait rien à manger pour la soirée. Pas de dépanneuse avant un ou deux jours ! Comment allait-il survivre ? Il s’imagina entrain d’allumer un feu de camp au milieu du jardin pour faire griller la viande qu’il aurait courageusement chassé. Il savait comment s’y prendre, il avait vu le personnage de son jeu vidéo le faire à plusieurs reprises. Tim décida de faire le tour du propriétaire.

Le salon ne comprenait qu’un canapé et une immense bibliothèque dans laquelle trônaient quelques vieux livres. Il s’approcha par curiosité et lu sur les tranches les titres : Robinson Crusoë, Le Comte de Monte- Cristo, Les Misérables et Le guide du potager. Timothée grimaça. La lecture n’avait jamais été son fort. Dès les premières pages, une migraine le prenait. La cuisine était plutôt sommaire. Quelques meubles, une gazinière, une table, quatre chaises et un frigo. Les meubles contenaient de la vaisselle fleurie et quelques casseroles. Pas de trace de nourriture. L’inspection minutieuse de l’étage ne lui révéla rien de plus. Il trouva une énorme bibliothèque dans la chambre d’ami et celle- ci était pleine à craquer. Beaucoup de polars recouvraient les étagères.

La faim se faisait sentir. Il se décida à se faire livrer à manger. Le jeune homme imagina une pizza quatre fromages dégoulinante et il se sentit ragaillardi. Il saisit son téléphone afin de trouver le numéro de la pizzeria la plus proche. Malheureusement, le réseau était aux abonnés absents. Pas de réseau à l’étage, pas de réseau au rez-de-chaussée, pas de réseau dans le jardin. Tim commençait à désespérer lorsqu’il aperçut une petite butte non loin de là. Plein d’espoir, il se dirigea d’un pas vif vers le monticule grimpa tout en haut, tendit le bras tout en se mettant sur la pointe des pieds. Enfin, une minuscule barre venait de s’allumer mais il ne fallait pas se faire d’illusion, cela ne suffirait jamais à aller consulter internet.

-Tu fais quoi p’tit gars ?

Tim sursauta et faillit lâcher son précieux smartphone. C’était Maurice.

-Je cherche à téléphoner.

-C’est une drôle de technique que tu as là !

-On ne capte aucun réseau ici ?

Maurice fit non de la tête. Il siffla et un chien sortit des fourrés avec un air tout fou.

-Tu veux téléphoner à qui ?

-Je voulais juste commander une pizza… Mais bon, sans réseau, pas d’internet donc pas de numéro de pizzeria et de toute manière, je n’aurai pas pu téléphoner donc…

Tim descendit de son talus l’air abattu. Maurice lui donna une grosse tape dans le dos et lui dit de sa grosse voix.

-Allez viens ! Je te ramène chez moi ! Ma femme va être ravie de voir du sang neuf.

Ils se dirigèrent donc vers le village à peine deux maisons après celle de Tim, ils pénétrèrent chez Maurice. L’air était frais, l’intérieur coquettement décoré. Rissou amena le jeune homme dans la cuisine où une femme avec une blouse fleurie était entrain d’éplucher des patates. Sans se retourner elle dit :

-J’espère que tu as vérifié que le chien n’avait pas de garafoch avant de rentrer parce qu’après j’en retrouve plein le canapé !

-Ouiiiiiii !dit-il en faisant un clin d’œil à Tim. On a de la compagnie Madeleine.

Madeleine se retourna vivement. Ses cheveux blonds étaient nonchalamment noués sur sa tête. Son teint rougeaud laissait deviner de longues heures d’exposition au soleil. Ses yeux bleus observaient Tim avec surprise. Les bras ballants, elle demanda à Maurice.

-C’est qui ?

-Madeleine, je te présente Timothée, notre nouveau voisin.

-Un nouveau voisin ! Sa voix exprimait une surprise non feinte.

-Tim veut utiliser le téléphone, ça ne te dérange pas ? demanda son mari.

-Non ! Non !

-Merci Madame. Répondit Tim en lui tendant la main. Madeleine ayant les mains pleines de patates, il se ravisa vite et fit un sourire gêné.

Maurice guida Tim dans le salon. Un beau canapé trônait au milieu, avec une magnifique table basse. Un ouvrage en laine traînait sur un accoudoir. Tim aperçut une magnifique radio ancienne sur un meuble d’un autre âge. Lorsqu’il vit le téléphone, le parisien n’en crut pas ses yeux. Il avait à sa disposition un vieux téléphone à cadran. Ses parents en avaient un qui ressemblait exactement à celui- ci. Maurice lui tendit un énorme livre.

-C’est quoi ?

-Un annuaire.

Tim regarda hébété Rissou lui tendre cet énorme pavé. Voyant la mine déconfite du jeune homme, Rissou se sentit obligé d’ajouter.

-L’annuaire, c’est un gros livre dans lequel les numéros de téléphone sont répertoriés. C’est pas internet, mais c’est aussi efficace.

Dans quel endroit était tombé Tim ? Un annuaire ? Bien sûr qu’il savait ce qu’était un annuaire ! Il saisit l’énorme pavé et s’évertua à chercher le numéro d’une pizzeria. Maurice l’aida en lui indiquant la ville la plus proche. Tim ne connaissait pas la région et hormis les noms des grandes villes, il était un peu perdu. Il composa le numéro avec empressement. Il sentait déjà la bonne odeur du fromage fondu. Mais son bonheur s’estompa rapidement au moment de donner l’adresse de livraison.

-Désolé monsieur, mais on le livre pas jusque là !

-Comment ça ? demanda Tim surpris.

-On ne va pas faire trente minutes de route pour livrer une seule pizza !

Tim n’en revenait pas. La pizzeria la plus proche se trouvait à une éternité. De mauvaise foi, il pesta contre le jeune homme au téléphone en disant que c’était une honte.

-Écoutez moi, monsieur, ce n’est quand même pas ma faute si vous êtes dans le trou du cul du Monde !

Ne sachant quoi répondre Tim raccrocha. Il resta muet durant quelques secondes devant le téléphone avant de rejoindre Madeleine et Rissou dans leur cuisine. Madeleine finissait de peler les patates et Maurice les découper délicatement pour en faire des frites.

-Alors ? demanda Maurice.

-Alors ils ne livrent pas ici…

Le couple échangea un regard entendu.

-Faut pas faire cette tête jeune homme. Vous allez rester manger avec nous ! déclara Madeleine avec un grand sourire.

Tim les observa tous les deux et pour la première fois depuis longtemps, il eut chaud au cœur.

écriture·Campagne

Campagne (2)

Suite de l’épisode 1

2.

La jeune femme qui lisait au volant sursauta. Elle baissa sa fenêtre et Tim se présenta.

– Bonjour je m’appelle Timothée Bourru, je viens pour la location.

– Ah, oui, vous êtes en avance.

Elle mit soigneusement son marque page à sa place et sortit de la voiture avec une chemise sous le bras.

– On ne prend pas votre voiture ? demanda Tim.

– Pourquoi faire ?

– Pour aller jusqu’à la location.

– Vous êtes un rigolo vous ! dit elle en lui tapotant gentiment l’épaule.

Ils firent quelques pas, s’engagèrent dans une petite ruelle et s’arrêtèrent à la deuxième porte.

– Voilà, on y est ! dit la jeune femme en désignant la vieille bâtisse.

Tim leva un regard interloqué vers les murs en vieilles pierres. La maison était l’avant dernière du village. Après le désert campagnard s’étendait à perte de vue. L’agent immobilier l’invita à entrer. Elle sortit une clé de la chemise, l’inséra dans la serrure et donna un coup d’épaule pour ouvrir la porte.

– L’humidité ! dit-elle en souriant.

– L’humidité…répéta Tim inquiet.

La porte d’entrée donnait sur un vestibule où était accrochée une simple patère. Ensuite, un vaste espace de vie s’offrait à eux. Une cuisine sommaire ouverte sur un salon, salle à manger aux dimensions folles. Ces deux pièces étaient déjà deux fois plus grandes que le petit studio dans lequel vivait Tim à Paris. L’ensemble était meublé avec goût. Un canapé et une table basse faisaient face à un meuble télé massif. Aux murs, des tableaux provençaux étaient accrochés. Tim fit une grimace en les voyant. Un wc était à disposition en bas mais aussi à l’étage. Le premier était aussi grand que le rez- de- chaussée. Un petit couloir desservait deux vastes chambres et une grande salle de bain.

– Vous avez également un espace buanderie et garage en bas. Les propriétaires vous ont laissé une machine à laver. Bien évidemment, vous êtes autorisé à mettre une touche personnelle dans la décoration mais les propriétaires ont stipulé qu’il ne fallait en aucun cas enlever les tableaux des murs.

La jeune femme ouvrit les volets et les fenêtres de la chambre principale. La vue était…dégagée…aucun immeuble à l’horizon.

– Le chauffage se fait au bois dans la cheminée du bas qui a été ramonée récemment. Vous avez un ventilateur à disposition dans le garage.

Tim faisait le tour de la pièce, muet face à cette immensité.

– Vous désirez voir le jardin ?

– Le jardin ? s’étonna Tim. Il y a un…jardin ?

La jeune femme fit un sourire en coin et mena le jeune parisien dans son jardin. Il y avait une petite terrasse avec une table et des chaises en plastique. Un vieux barbecue traînait dans un coin et au fond, il y  avait un potager.

– L’espace potager est bien entretenu. Vous devriez avoir encore quelques tomates. L’ancien propriétaire a tenu à ce petit carré de terre jusqu’à la fin.

– Ah ? Et pourquoi est-il parti ?

– Il est décédé.

Un silence gêné s’étira entre les deux jeunes gens.

– Pourriez- vous me rappeler le montant du loyer s’il vous plaît ? Je crois que je me suis un peu emballé… Ce logement me semble immense et un peu au-dessus de mes moyens…

– 450€ charges comprises.

Ce loyer était la moitié de ce qu’il payait pour son ancien logement. Après avoir fait un état des lieux minutieux (il fallut répertorier tous les immondes tableaux), la jeune femme, laissa Tim prendre possession des lieux. Au moment de se dire au revoir, il demanda :

– Rassurez- moi, l’ancien propriétaire, il…il n’est pas mort ici au moins ?

La jeune femme sembla désarçonnée et lança un regard paniqué sur le canapé.

– Euh… Non ! s’exclama-t-elle rouge écarlate.

Finalement, elle s’enfuit presque en courant sans vraiment dire au revoir à Tim qui décida qu’il fallait changer le canapé.

écriture·Campagne

Campagne (1)

1

La petite citadine de Tim cahotait à un rythme irrégulier sur la route de campagne. Le bric à brac qui envahissait l’habitacle tressautait inlassablement. Fenêtres grandes ouvertes, cigarettes aux bords des lèvres, Tim pestait contre les nids de poule. Cela faisait dix heures que le jeune homme roulait à tombeau ouvert. La chaleur étouffante le faisait suer abondamment et il avait bu pas moins de trois litres d’eau. Cette hydratation intensive l’avait d’ailleurs obligé à s’arrêter plusieurs fois sur des aires d’autoroutes bondées. Il nota mentalement que déménager pour le sud de la France en plein mois d’août n’était pas forcément l’idée la plus brillante qu’il avait eue. Néanmoins, depuis qu’il avait quitté l’autoroute, c’étaient les routes de campagne non entretenues qui mettait ses nerfs à vif.

Soudain, la voiture fit une embardée. Tim essaya de contrôler tant bien que mal le véhicule et arriva finalement à s’arrêter sur le bas côté. Pestant contre tous les dieux, il descendit de voiture, claqua violemment la portière et fit le tour de la voiture. La cause de sa mésaventure fut vite découverte : un pneu crevé. Il se dirigea vers le coffre pour chercher sa roue de secours. La voiture dégueula tout le contenu du coffre dès que ce dernier fut ouvert. Tim hésitait : pleurer ou hurler ou pleurer… Il respira à fond et pensa à son professeur de yoga. Mauvaise idée, cet homme l’agaçait profondément par sa souplesse folle et son calme olympien permanent. Bon gré mal gré, il finit de vider son coffre pour se rendre compte qu’il n’avait aucune roue de secours. Le soleil cognait fort, il avait chaud et il n’y avait pas une ombre à l’horizon et l’eau commençait à lui manquer. Est- ce que participer à Koh Lanta ressemblait à cela ? Une souffrance physique et psychologique intense ? Tim regarda autour de lui. Aucun bâtiment ne se dessinait à l’horizon, aucune voiture sur la route non plus. Décidément, depuis quelques semaines, plus rien n’allait dans sa vie. D’abord son licenciement, puis sa fiancée qui l’avait laissée et maintenant sa mort prochaine sur le bord d’une route de campagne. Le parisien alluma une cigarette, puis deux, puis trois et lorsque son paquet fut terminé et qu’il était calmé, il décida de remplir à nouveau son coffre. Un regard sur le GPS, lui indiqua qu’il se trouvait à une heure de marche de sa destination et son téléphone portable ne captait aucun réseau. Cela faisait maintenant deux heures qu’il était sur le bord de la route et il n’avait toujours pas vu passer une voiture. Tim imagina les titres des journaux de demain : « Un jeune homme retrouvé mort sur le bord de la route ». Quoique… Au vue de la fréquentation de cette route, ces gros titres ne paraîtraient que dans plusieurs semaines.

Ce n’est qu’après quatre heures d’attente qu’un espoir se dessina à l’horizon. Une voiture, telle un mirage, arrivait à vive allure. Tim se leva vivement et fit de grands gestes. Ses efforts furent vains, la voiture lui passa devant, soulevant un nuage de poussière qui le fit suffoquer. Comme il faisait moins chaud, le jeune homme se décida à marcher. Au bout de vingt minutes de marche et après avoir fini sa dernière bouteille d’eau, il était éreinté. Son tee-shirt était imbibé de sueur et il sentait terriblement mauvais. Ses pieds le faisaient souffrir, son corps entier n’était que douleur. Il lui sembla entendre un bruit de moteur au loin mais peut- être n’était ce qu’un mirage comme de ceux que l’on avait en plein désert lorsque notre esprit quitte notre corps pour n’être plus que divagations folles. Néanmoins, le bruit se rapprochait. Il se retourna et vit au loin un immense tracteur, ou bien est-que c’était une moissonneuse batteuse… Il n’aurait su le dire. Il s’arrêta de marcher et attendit patiemment que le tracteur arrive à sa hauteur. Lorsque le véhicule fut assez près, il héla le conducteur.

– Bonjour Monsieur ! Je suis désolé de vous dérangez, mais pourriez-vous m’amener au village le plus proche afin que je puisse téléphoner à une dépanneuse, s’il vous plaît ?

– C’est à vous la petite voiture plus bas ? demanda l’inconnu.

– J’ai crevé, c’est malheureux mais je dois absolument être à Glax sur Minervois dans (Tim consulta sa montre) une demie heure.

– Je peux vous amener jusqu’à Glax si vous voulez, mon petit gars mais pour la dépanneuse, j’ai bien peur que vous ayez à attendre lundi, voire mardi.

L’homme était assis sur son tracteur vrombissant, l’air décontracté dans son débardeur crasseux. Il portait un béret d’un autre âge dont s’échappaient quelques cheveux gris.

– Lundi ou mardi ? Vous parlez sérieusement ? Il n’y a pas de dépanneuses 24h/24.

L’homme explosa de rire.

– On est au mois d’août mon ami, ici les entreprises sont quasiment toutes fermées. Et samedi, la dépanneuse la plus proche n’ouvre pas donc…

Tim et l’homme se jaugèrent quelques secondes. Tim n’en croyaient pas ses oreilles. Il allait devoir laisser sa voiture sur le bord de la route pendant trois jours entiers. Heureusement que sa location était un meublé mais son ordinateur risquait de lui manquer, ainsi que sa console de jeux et son chargeur de téléphone ! Hors de questions de laisser sa voiture ici !

– Bon, il fait quoi le petit jeune homme ? interrogea l’homme.

– Il fait quoi ? Il fait quoi ? Je ne peux pas laisser ma voiture sur le bas côté comme ça avec toutes mes affaires à l’intérieur ! Et si on me les vole ?

– Sérieusement ? Vous avez vu beaucoup de monde passer depuis que vous êtes là ?

– Pas faux…

– Allez grimpez ! Je vous amène à Glax.

C’est ainsi que Tim fit connaissance avec Maurice dit « Rissou ». C’était un habitant de Glax sur Minervois. Il était vigneron tout comme son père et son grand- père et sûrement son arrière- grand-père avant lui. Bref, une histoire de famille. Rissou était né dans la grande ville de Narbonne et vivait à Glax depuis tout petit tout comme probablement tous ses ancêtres. Maurice se définissait comme un bon vivant, il ne disait jamais non à un bon pastaga et avait cet accent du sud que Tim avait parfois du mal à comprendre. Le visage du quinquagénaire semblait gorgé de soleil, tout comme son rire tonitruant. Maurice respirait la joie de vivre. Au détour d’un chemin, le village apparut. Quelques maisons coquettes bordées la route. D’autres étaient éparses dans le paysage. Une petite chapelle s’élevait modestement vers le ciel.

– J’espère que je vais trouver facilement la maison. Dit Tim, espérant de l’aide.

– Tu rigoles ou quoi ? Tu vas pas avoir de mal à trouver !

Maurice laissa Tim sur ce qui semblait être la place du village. Il lui indiqua où était sa maison et l’invita à venir boire l’apéro quand il en aurait le temps. Tim regarda s’éloignait son sauveur. Lorsqu’il jeta un œil à la place du village il vit deux voitures garées dont l’une indiquait le nom d’une agence immobilière. Il s’avança vers cette dernière et frappa à la fenêtre.

À suivre…