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Les années douces

Les années douces de Jirô Taniguchi, Casterman, 440 pages

Dans le café où elle a ses habitudes, une trentenaire, Tsukiko, fait la connaissance d’un homme solitaire et élégant, de plus de trente ans son aîné. Elle réalise qu’elle le connaît : il fut autrefois son professeur de japonais. Elle est célibataire, il est veuf. Complices, ils prennent l’habitude de se revoir dans le même café, au hasard de leur emploi du temps, puis, bientôt, d’improviser des sorties ensemble. Insensiblement, à petites touches légères, une connivence s’établit, puis une véritable affection, et peut être même… Ce sont ces rencontres que retracent une à une les chapitres des Années douces, chacune comme une histoire à part entière : la cueillette des champignons, les poussins achetés au marché, la fête des fleurs ou les vingt-deux étoiles d’une nuit d’automne.

Pour ceux qui me suivent depuis un petit moment, vous connaissez mon amour pour Jirô Taniguchi qui est selon moi le meilleur mangaka de tout les temps (oui, je n’y vais pas avec le dos de la cuillère!).

Dans Les Années Douces, nous rencontrons deux personnages, Tsukiko et un homme plus âgé qu’elle appelle Professeur (tout simplement parce qu’il l’a été il fut un temps). Ces deux personnages, se retrouvent fortuitement au moment des repas dans un café. Puis, ils se parlent, se découvrent. Au rythme des repas, la douce jeune fille et le veuf vont se lier d’amitié. Puis timidement, des sentiments beaucoup plus forts vont s’insinuer en eux. Alors que Tsukiko s’avoue assez facilement son amour, le Professeur résiste. En effet, que vont penser les gens d’un homme mûr fréquentant une jeune fille.

Les amis, les mots me manquent pour décrire la puissance de ce scénario. La pudeur et l’intimité en tout sensualité se mêlent aux ambiances de café. Les personnages sont délicats jusque dans leurs sentiments. Les non- dits sont nombreux, mais les regards échangeaient ne mentent pas. Un geste, une parole discrète suffisent à dévoiler des émotions qui tentent pourtant de se cacher.

Avec subtilité, Jirô Taniguchi s’approprie l’œuvre de Hiromi Kawakami. Ces illustrations fines, détaillées et pleines de délicatesse, complètent à merveille ce récit. Si vous n’avez jamais lu le fameux mangaka, je vous conseille vivement de vous plonger dans cette lecture qui regroupe toutes les caractéristiques de son art. Les vignettes fourmillent de menus détails. Rien n’est laissé au hasard. L’ensemble est d’un équilibre quasi parfait. L’esthétique est en noir et blanc, ce qui n’enlève en rien à la beauté des personnages dont les expressions faciales sont criantes de vérité. Et puis, il y a la nourriture…En effet, les aliments sont souvent très présents dans l’œuvre de Jirô Taniguchi notamment dans Le gourmet solitaire. Les plats s’enchaînent dans le petit café où se retrouvent nos personnages. D’ailleurs, la plupart de leurs conversations tournent autour de ce thème. Le mangaka a l’art de mettre en valeur la culture culinaire dans son pays et je pense que l’on pourrait même écrire une thèse du type « La nourriture dans l’œuvre de Jirô Taniguchi ».

Je pense que vous l’aurez compris sans mal, voire dès les premières lignes de cette chronique, mais Les Années Douces furent pour moi un véritable coup de cœur. Comme à chaque fois, Jirô Taniguchi a su me captiver, m’émouvoir et me faire tomber en pamoison (oui, tout cela en même temps).

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Pour découvrir Jirô Taniguchi:

Le journal de mon père

La forêt millénaire

Le gourmet solitaire

Les gardiens du Louvre

L’homme qui marche

L’Orme du Caucase

Roman·Service Presse·Young Adult

La Falaise

La Falaise de Ghislaine Roman, Le Muscadier, 132 pages

« Je vois exactement la scène au ralenti.
Mon père ouvre son journal et change de tête.
Ma mère écarquille les yeux, façon de lui demander ce qui se passe.
Mon père froisse les feuilles,
les laisse tomber sur le carrelage et dit : “Ben zut alors !”
À ce moment-là, je ne me doute de rien. »

Charlotte, quinze ans, apprend que sa mère a été abusée quand elle était enfant. Au moment où son amour pour Pablo éveille son désir, elle va devoir faire face à la vague qui balaie sa famille. Elle découvrira l’abjection dont les adultes sont capables : certains savaient et n’ont rien dit. Entre rage et tendresse, Charlotte va devoir trouver son chemin.

Avant tout, je voulais remercier les Editions Le Muscadier pour leur confiance.

Le Muscadier

La Falaise fait parti de la collection Rester Vivant, qui est une collection que j’affectionne particulièrement.

Avec ce petit roman young adult, nous découvrons le personnage de Charlotte qui, alors qu’elle découvre sa sexualité, apprend que sa mère a été abusée lorsqu’elle était enfant. Cette nouvelle va faire un effet boum et bouleverser toute la petite famille. 

L’histoire est véritablement poignante. Dès le début de ma lecture, je me suis sentie comme percutée moi- même par l’histoire de cette famille. Le récit est narrée du point de vue de Charlotte, ce qui donne un éclairage particulier à l’ensemble. En effet, nous n’avons en aucun cas le point de vue de la victime mais celui de sa fille. De part ce parti pris, le texte acquiert une certaine originalité. De plus, Charlotte ayant 15 ans, l’histoire de sa mère fait écho en elle. Cette dernière fait d’ailleurs preuve de beaucoup d’empathie, mais n’hésite pas également à provoquer sa mère pour que cette dernière porte plainte contre son agresseur. 

La mère de Charlotte a du mal avec son statut de victime. Et malgré les blessures, elle a réussi à se reconstruire plus ou moins. Néanmoins, ce roman nous présente également des personnages profondément meurtris, des personnages qui à bout de souffle, ont envie d’en finir avec la vie.

Et puis, il y a l’opinion des gens. Ceux qui vous jugent, ceux qui vous dévisagent…Et les médias, qui étalent votre vie privée aux yeux de tous…

Et puis ce décor, cette falaise qui surplombe tout et au fil du récit s’effrite jusqu’à s’effondrer. Le décor évolue au fil de l’histoire, au fil des émotions. 

À ce titre, La Falaise s’avère un roman complet, qui balaie de nombreux aspects des abus sexuels. De plus, Ghislaine Roman a un style simple et décrit avec beaucoup de pudeur la situation que vivent les personnages. Le ton employé est juste. Il y a beaucoup de respect dans ce roman. Je suis passée par une palette d’émotions très forte. L’histoire m’a prise aux tripes et j’ai dévoré ce livre en quelques heures.

La Falaise a donc su m’émouvoir. Avec son écriture simple et pudique, Ghislaine Roman nous a décrit une situation terrible avec beaucoup de justesse.

 

 

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La Chronique des Bridgerton

La Chronique des Bridgerton de Julia Quinn, J’ai Lu

Chers amis, bienvenue dans la famille Bridgerton. Au sommet de tout ce petit monde, Violet, la matriarche qui a une obsession, marier ses huit enfants. Vous l’aurez compris, huit tomes pour huit enfants.

Chaque roman, décrit donc comment chaque enfant Bridgerton a trouvé l’amour. Les tomes sont tous différents puisqu’ils sont emplis d’un autre personnage principal. Les récits, sont bien rythmés mais l’ensemble est rempli de clichés. Les histoires sont cousues de fil blanc mais restent agréables. Je me suis prise au jeu dès le départ et j’ai littéralement dévoré chaque tome. Je n’ai aucunement été surprise par les histoires et j’avoue que j’aurai apprécié quelques retournement de situations.

Les personnages sont vraiment bien construits. Et j’ai vraiment aimé retrouver certains protagonistes au fil des tomes. Néanmoins, là aussi aucune surprise du côté des personnages. Ils sont plutôt caricaturaux dans l’ensemble. Ce qui reste un peu dommage.

D’un point de vue stylistique, nous ne sommes pas dans de la grande littérature. Mais le style reste agréable. J’ai aimé les dialogues bien ciselés. Il y a très peu de description. Certains passages un peu coquins sont plutôt émoustillants. Néanmoins, les scènes sont vraiment répétitives et se ressemblent quelque peu.

Bref, La Chronique des Bridgerton a été un véritable page turner même si l’ensemble est empli de clichés.

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The Time Before

The Time Before de Cyril Bonin, Bamboo Editions, 104 pages

Réussir sa vie demande parfois d’écrire de nombreux brouillons
Un soir de 1958, le photographe Walter Benedict vient en aide à un vieux vendeur à la sauvette que des loubards agressent. En guise de remerciement, le vieillard lui offre un talisman garantissant une vie réussie à celui qui le porte. Il suffit à Walter de penser à un moment de sa vie pour y revenir et corriger une éventuelle fausse route. Walter a désormais en main l’instrument idéal pour réussir sa vie, devenir riche, séduire la femme qu’il parfaite. Mais la perfection fait-elle partie de ce monde ?

Encore une fois, Cyril Bonin a su véritablement me séduire avec sa BD. Dans cet opus, on découvre Walter Benedict, un photographe à succès qui va avoir en sa possession un objet lui permettant de remonter le temps et ainsi de défaire ses « erreurs ».

Le scénario prend le temps de s’installer doucement mais sûrement. Peu à peu, l’histoire prend son envol. À travers les péripéties de Walter, le lecteur s’interroge sur sa propre vie. En effet, et si nous avions l’occasion de changer notre passé, de refaire les choses indéfiniment, le ferions nous? La question de la destinée se pose clairement. Le scénario est donc vraiment prenant. Je me suis laissée prendre au jeu et les pages ont défilé à une vitesse folle.

Walter Benedict est un personnage qui est légèrement antipathique. Sa volonté de tout avoir absolument me laisse parfois quelque peu perplexe. Walter veut tout, l’amour, le succès, l’argent…Quitte à se brûler les ailes, il va sans cesse modifier son destin.

Esthétiquement, Cyril Bonin arrive toujours autant à me séduire. Les traits sont fins et délicats. Les vignettes fourmillent de détails. J’aime particulièrement les regards des personnages qui sont si expressifs. L’ambiance des couleurs donne une atmosphère un peu rétro. Ouvrir cette BD, c’est être transporté dans un autre univers.

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essai·Roman·Service Presse

Re- marque moi

Re- marque moi de Claire De Beir, L’Harmattan, 92 pages

Blanche, égérie Chanel en pleine déroute existentielle, regarde avec application les vitrines peuplées d’objets insolites que met en scène une vaste exposition sur l’histoire du design. Dans la foule des visiteurs, un homme l’observe. Puis l’aborde. Blanche, allégorie d’un monde marchand qui vacille, a tant à dire. Ce récit est un chemin dans une vie qui se transforme. Un exercice académique inédit qui s’affranchit des frontières entre l’essai et la fiction pour rendre compte d’un travail de recherche cherchant à interroger pour mieux les dépasser les tensions entre design et marketing. Des milieux se toisent et se confrontent. L’ironie n’est jamais loin. Une forme narrative s’invente au fur et à mesure de l’enquête de terrain.

Je tiens avant toute chose à remercier les Éditions L’Harmattan pour cet envoi.

Éditions L'Harmattan

Re-marque moi est un livre atypique qui se situe entre roman et essai. Nous y découvrons Blanche qui avec des connaissances réfléchissent autour de la dimension de design, marketing et communication.

Je dois dire que j’ai été très surprise tout au long de ma lecture. Dans un premier temps, je tiens à préciser que je ne suis pas une spécialiste en marketing, communication ou design. C’est peut être pour cela que j’ai eu un peu de mal à comprendre le dernier chapitre. En effet, il est selon moi trop pointu pour certains lecteurs. En revanche, les autres parties m’ont beaucoup plu. J’ai trouvé très habile votre façon d’amener une réflexion en mettant en scène des personnages. Je lis beaucoup de livres mais c’est la première fois que je lis un livre comme celui-ci. À travers l’histoire de Blanche et des autres personnages, à travers leurs dialogues, l’autrice invite à une véritable réflexion. J’ai aimé cette incursion dans les coulisses des marques. Le récit est habilement construit et m’a vraiment interrogé en tant que consommatrice. J’ai aimé me sentir interpellée.

L’ écriture est également très agréable et on sent que Claire De Beir maîtrise son sujet. J’ai passé un agréable moment avec ce livre.

Si je devais résumer ma pensée:
Les derniers chapitres sont un peu trop techniques à mon goût de lectrice lambda mais permettent d’étayer le propos.
L’histoire est originale et permet une véritable réflexion.
Le tout est amené de façon intelligente.